4.6 Le frottement, défini
La composante horizontale de la force de réaction du sol est une force de frottement (§4.5) : une force qui s'exerce entre deux surfaces en contact et qui s'oppose à leur glissement l'une sur l'autre. Cette section en donne la définition précise, distingue ses deux formes par la seule question qui les sépare, et montre que sans frottement aucune locomotion n'est possible. À la fin de cette section, vous devez être capable d'énoncer la définition du frottement, de dire laquelle de ses deux formes s'exerce sous le pied pendant l'appui et pourquoi, et d'expliquer ce qui manque à la force de réaction du sol sur la glace.
4.6.1 Une force entre deux surfaces
Tout le reste du chapitre porte sur cette force : il faut la définir avec précision. Les forces de frottement s'exercent entre deux surfaces en contact, parallèlement à ces surfaces, et elles s'opposent au mouvement relatif de ces deux surfaces1. Le mot qui compte est relatif : le mouvement d'une surface par rapport à l'autre, c'est-à-dire leur glissement l'une sur l'autre.
Trois éléments, et chacun a sa conséquence.
- Entre deux surfaces en contact. Le frottement est une force de contact (§2.4) : il disparaît avec le contact, et on ne le décrit pas sans nommer les deux surfaces — ici la semelle et le sol.
- Parallèlement à ces surfaces. Sur un sol plat, le frottement est donc horizontal, quand la composante normale, elle, est perpendiculaire aux surfaces (§4.4).
- Opposées au mouvement relatif. Le frottement est dirigé en sens contraire du glissement des deux surfaces — et non du mouvement du corps, qui est une tout autre chose.
Il existe deux formes de frottement, et une seule question les distingue : les deux surfaces glissent-elles l'une sur l'autre ? Si elles ne glissent pas, on parle de frottement statique ; si elles glissent, de frottement cinétique2. La définition ne change pas d'une forme à l'autre : seule la réponse à la question change.
4.6.2 Pendant l'appui, glissement nul
Pendant tout l'appui, du contact initial au décollement des orteils, le glissement est nul : la semelle et le sol restent immobiles l'un par rapport à l'autre4. La marche est donc affaire de frottement statique, et c'est cette forme qui occupe tout le reste du chapitre. Le frottement cinétique, lui, décrit ce qui se passe une fois qu'on glisse déjà ; le §4.8 y revient, parce que c'est lui qui explique pourquoi une glissade se rattrape mal.

4.6.3 Sans lui, pas de locomotion
Les forces de frottement sont nécessaires à la motricité et à la locomotion humaines : sans elles, il serait très difficile de mettre le corps en mouvement et de poursuivre la marche5. La glace le montre.
Sur une patinoire, avec des chaussures ordinaires, le membre inférieur fait ce qu'il ferait sur n'importe quel sol (§4.2). Mais les deux surfaces glissent l'une sur l'autre, et la semelle ne rencontre presque aucune résistance au glissement : le pied ne peut pas pousser le sol vers l'arrière, et, par la troisième loi de Newton, le sol ne pousse pas le pied vers l'avant. La composante horizontale de la force de réaction du sol ne peut pas se produire. La composante normale, elle, subsiste — la glace porte le pied comme n'importe quel sol —, mais la force de réaction du sol reste verticale, et une force verticale ne produit aucune accélération horizontale (§4.5) : ni démarrage, ni accélération, ni freinage.
Sur un sol sec et rugueux, la semelle rencontre une résistance au glissement. Le pied ne glisse pas, le frottement est statique, et le sol peut fournir la composante horizontale qui produit l'accélération du centre de masse vers l'avant.

4.6.4 Du moteur à l'accroche
Deux éléments se partagent donc la production de la progression : le moteur, qui est le muscle — les moments de force articulaires font effectuer leur rotation aux segments, et le pied exerce une force sur le sol (§4.2) — et l'accroche, qui est le frottement, sans lequel cette force reste sans effet horizontal.
Restent deux questions. Jusqu'où le frottement peut-il s'opposer au glissement des deux surfaces avant que celui-ci ne se produise ? Et de quoi dépend cette limite ? Les sections suivantes y répondent.
- Frottement (force de)
- Force qui s'exerce entre deux surfaces en contact, parallèlement à ces surfaces, et qui s'oppose à leur mouvement relatif, c'est-à-dire à leur glissement l'une sur l'autre. Sous le pied, c'est la composante horizontale de la force de réaction du sol.
- Frottement statique et frottement cinétique
- Les deux formes du frottement, distinguées par une seule question : les surfaces glissent-elles l'une sur l'autre ? Statique si elles ne glissent pas — c'est le cas de l'appui pendant la marche —, cinétique si elles glissent.
- Énoncer la définition du frottement et ses trois conséquences : force de contact, parallèle aux surfaces, opposée au glissement des surfaces.
- Poser la question qui distingue les deux formes du frottement, et dire pourquoi la marche relève du frottement statique.
- Expliquer, étape par étape, pourquoi la composante horizontale ne peut pas se produire sur la glace, et ce qui subsiste.