4.7 La limite avant le glissement
Le frottement statique s'oppose au glissement, mais pas indéfiniment : au-delà d'une certaine valeur, le glissement se produit. Cette section établit cette limite — la force de frottement maximale — par une expérience que vous pouvez faire sur votre table, identifie les deux paramètres qui la déplacent, la force normale et le coefficient de frottement, et les réunit dans une relation. À la fin de cette section, vous devez être capable de définir la force de frottement maximale, de dire ce que le coefficient de frottement caractérise, et d'utiliser la relation qui lie ces trois grandeurs.
4.7.1 Le frottement s'ajuste
Posez la main à plat sur une table, et poussez horizontalement, progressivement, jusqu'à ce que la main glisse.
Vous aurez sûrement repéré trois choses. Tant que la poussée reste modérée, la main ne bouge pas : le frottement s'oppose au glissement, et il vaut exactement ce qu'il faut pour l'empêcher. Poussez un peu plus fort, et il grandit d'autant : il ne vaut pas une valeur fixe, il s'ajuste à la force appliquée. Continuez d'augmenter, et à un certain moment le glissement se produit.
C'est cet instant qui nous intéresse. La force de frottement maximale est la valeur du frottement à l'instant où le glissement commence. C'est la limite entre l'adhérence et le glissement1. Retenez la formulation telle quelle : c'est une valeur du frottement, relevée à un instant précis, et non l'effort qu'il a fallu fournir pour y parvenir.
Reste à savoir comment déplacer cette limite. Deux paramètres y suffisent, et deux seulement.
4.7.2 Premier paramètre : la force normale
Recommencez, mais en appuyant fort d'abord — essayez d'écraser la table —, puis poussez horizontalement, toujours progressivement.
Deux choses ont changé. La main résiste davantage ; et surtout, le glissement se produit beaucoup plus tard — il faut désormais une force horizontale bien plus grande qu'au premier essai. Vous n'avez pourtant rien modifié, ni à votre main, ni à la table. Ce que vous avez modifié, c'est la force qui les presse l'une contre l'autre : la force normale, celle-là même qui porte le corps pendant l'appui (§4.4). La force de frottement maximale augmente avec la force normale : voilà le premier des deux paramètres.
4.7.3 Second paramètre : le coefficient de frottement
Le second paramètre est le coefficient de frottement des deux surfaces en contact, noté par la lettre grecque μ (mu). Il caractérise le degré d'adhérence des deux surfaces en contact, et dépend des propriétés physiques et chimiques des deux matériaux en contact. Un coefficient n'est donc jamais la propriété d'un matériau seul : il appartient à une paire de surfaces — les tables donnent « caoutchouc sur béton sec », jamais « caoutchouc ».
D'où vient ce degré d'adhérence ? De ce qui se passe au contact. Une semelle et un sol ont l'air lisses ; de très près, ils ne le sont pas, et l'aire réellement en contact ne représente qu'une petite fraction de l'aire apparente, puisque seuls les sommets des reliefs se touchent2. Ces reliefs minuscules s'emboîtent les uns dans les autres, la semelle se déforme autour d'eux, et il s'établit une adhésion entre les surfaces — une attraction entre leurs molécules, qui dépend de la nature des matériaux3. Pour faire glisser l'une sur l'autre, il faut vaincre tout cela : c'est ce que le coefficient mesure. L'adhésion est l'un des mécanismes ; l'adhérence est la propriété d'ensemble qu'ils produisent, et c'est elle que μ chiffre.

Trois cas courants s'expliquent alors d'eux-mêmes. Une semelle usée devient lisse : plus rien à emboîter, le coefficient est bas. Un film d'eau s'intercale entre la semelle et le sol : les surfaces ne se touchent plus vraiment, le coefficient est bas. Un sprinteur chausse des pointes pour la raison inverse — on ne change pas le muscle, on augmente le coefficient.
4.7.4 La relation entre les trois grandeurs
Les deux paramètres réunis donnent la relation qui fixe la limite :
- : la force de frottement maximale, en newtons (N) ;
- : le coefficient de frottement des deux surfaces en contact, sans unité ;
- : la force normale, en newtons (N).
Réorganisons-la. En divisant les deux membres par la force normale, le coefficient se retrouve seul :
Le coefficient de frottement de deux surfaces se mesure ainsi : on relève la force de frottement maximale et la force normale au même instant, et on divise l'une par l'autre. C'est un rapport entre deux forces — des newtons divisés par des newtons —, d'où son absence d'unité5.
Un exemple, pour que le nombre parle. Un coefficient de 0,30 signifie que, pour 100 N de force normale, le frottement ne peut pas dépasser 30 N ; au-delà, le glissement se produit. Doublez la force normale — 200 N — et le frottement maximal passe à 60 N ; le rapport, lui, vaut toujours 0,30. C'est cette constance qui permet de mesurer un coefficient une fois pour une paire de surfaces donnée, puis de le tabuler : c'est l'objet de la section suivante.
- Force de frottement maximale
- La valeur du frottement à l'instant où le glissement commence : la limite entre l'adhérence et le glissement. Elle vaut .
- Force normale
- La force perpendiculaire qui presse les deux surfaces l'une contre l'autre. Sous le pied, c'est la composante normale de la force de réaction du sol (§4.4).
- Coefficient de frottement (μ)
- Le nombre qui caractérise le degré d'adhérence de deux surfaces en contact. C'est le rapport de la force de frottement maximale à la force normale, donc une grandeur sans unité ; il appartient à une paire de surfaces, jamais à un matériau seul.
- Définir la force de frottement maximale, et expliquer pourquoi le frottement statique n'a pas de valeur fixe avant elle.
- Nommer les deux paramètres qui déplacent la limite du glissement, et dire ce que chacun change.
- Utiliser et , et justifier que le coefficient est sans unité.
- Énoncer ce que le coefficient de frottement caractérise, et pourquoi il se rapporte à une paire de surfaces.