1.5.1 La trajectoire : le chemin suivi
La trajectoire est le tracé des positions successives d'un point au cours du temps — autrement dit, le chemin qu'il a suivi. La position est l'endroit où se situe un point dans l'espace à un moment donné ; elle s'exprime par rapport à un point de référence choisi1 — dire qu'une marcheuse se trouve « à 9,50 m » n'a de sens que par rapport à un zéro fixé, sa ligne de départ par exemple.
Deux exemples. Le premier vous est familier : le tracé GPS d'une sortie de course à pied. À intervalles réguliers, le récepteur GPS de votre montre ou de votre téléphone enregistre votre position ; reliés les uns aux autres, ces points dessinent votre parcours sur la carte. Le second a été rencontré à la section précédente : la trajectoire de la cheville pendant la marche, cette courbe ondulée produite par la combinaison de translation et de rotations.
1.5.2 La distance : la longueur du chemin
La trajectoire est une forme ; la distance est un nombre : la longueur totale du chemin parcouru par le point, exprimée en mètres (m)2.
Le cas le plus simple est celui d'un déplacement en ligne droite le long d'un axe gradué. Une marcheuse avance sur une piste dont le zéro est placé au départ : pour connaître la distance parcourue, il suffit de lire la graduation au point de départ et celle au point d'arrivée, puis d'en faire la différence — partie de 0 m et arrivée à 9,50 m, elle a parcouru 9,50 − 0 = 9,50 m.
d: distance parcourue, en mètres (m)p_arrivée,p_départ: positions lues sur l'axe, en mètres (m)
Cette méthode suppose toutefois que le point se déplace en ligne droite, dans une seule direction, le long d'un seul axe. Or la section 1.4 a montré que ce n'est presque jamais le cas : la trajectoire de la cheville, par exemple, est ondulée. Mesurer d'un point A à un point B en ligne droite couperait à travers les ondulations et sous-estimerait la longueur réellement parcourue.
La solution consiste à relever la position du point non pas seulement au départ et à l'arrivée, mais à intervalles réguliers tout au long du trajet — par exemple toutes les demi-secondes. On mesure ensuite la longueur de chaque segment reliant deux relevés consécutifs, puis on additionne le tout. Le résultat épouse d'autant mieux le chemin réel que les segments sont courts. Ce relevé à intervalles de temps réguliers porte un nom : l'échantillonnage ; le nombre de relevés effectués par seconde est la fréquence d'échantillonnage, exprimée en hertz (Hz). Le principe est général — il se réutilisera pour d'autres grandeurs que la position. Plus la fréquence est élevée, plus la mesure est fidèle — une montre GPS, qui enregistre en général une position par seconde, sous-estime ainsi les parcours sinueux : elle coupe les virages.
1.5.3 Calculer une distance à partir des coordonnées
Reste à savoir mesurer la longueur d'un segment entre deux relevés. Le long d'un axe unique, une différence de graduations suffit. Mais sur une carte — un plan à deux axes, X et Y —, chaque point est repéré par deux coordonnées, et le segment qui relie deux points est en général oblique. Le calcul se construit alors en quatre étapes :
- mesurer l'écart entre les deux points sur l'axe X : Δx = xB − xA ;
- mesurer l'écart entre les deux points sur l'axe Y : Δy = yB − yA ;
- élever chaque écart au carré, ce qui supprime son signe — un carré est toujours positif, et une longueur ne peut pas être négative ;
- additionner les deux carrés, puis appliquer la racine carrée pour revenir à une longueur en mètres.
Cette construction n'est autre que le théorème de Pythagore : l'écart Δx et l'écart Δy sont les deux côtés d'un triangle rectangle, et le trajet direct entre A et B en est l'hypoténuse.
d: distance entre les deux points, en mètres (m)Δx = xB − xA: écart entre les deux points sur l'axe X, en mètres (m)Δy = yB − yA: écart entre les deux points sur l'axe Y, en mètres (m)
Sur un tracé GPS, le point A a pour coordonnées (1000 ; 400) et le point B (929 ; 624), en mètres. Quelle distance sépare A de B ?
Méthode. On calcule l'écart sur chaque axe, on élève les deux écarts au carré, on les additionne, puis on applique la racine carrée.
Calcul.
- Δx² = (929 − 1000)² = (−71)² = 5041
- Δy² = (624 − 400)² = (224)² = 50176
- d = √(5041 + 50176) = √55217 ≈ 235 m
Interprétation. Les deux relevés sont distants d'environ 235 mètres en ligne directe. Le passage au carré a joué son rôle : l'écart de −71 m sur l'axe X est devenu positif, et le résultat est bien une longueur. Notez que ces signes, effacés par le calcul, portaient une information — nous y revenons à la sous-section suivante.
Pour obtenir la distance totale d'un trajet, on répète ce calcul pour chaque segment entre relevés consécutifs et on additionne les résultats : c'est la distance cumulée — celle qu'affiche votre montre à la fin d'une sortie. Le tableau ci-dessous illustre le principe sur un tracé de quatre segments (cf. Figure 1.5).
| Segment | Distance du segment | Distance cumulée |
|---|---|---|
| A → B | 235 m | 235 m |
| B → C | 180 m | 415 m |
| C → D | 210 m | 625 m |
| D → E | 160 m | 785 m |
1.5.4 La direction : ce que la distance ne dit pas
La distance renseigne sur la longueur d'un déplacement, mais pas sur son orientation. Supposons que l'on ne connaisse que le point A et la distance parcourue, 235 m : cela suffit-il pour retrouver le point B ? Non. Tous les points situés à 235 m de A forment un cercle, et B peut se trouver n'importe où sur ce cercle : vers l'ouest, vers le nord-est ou vers le sud-est, 235 m auront été parcourus dans tous les cas, sans garantie d'arriver au bon endroit. Il manque une information : la direction, c'est-à-dire l'orientation géométrique selon laquelle s'effectue le déplacement — la droite à suivre —, complétée par le sens, qui précise vers où l'on va le long de cette droite.
Cette information, le calcul de distance la possédait — puis l'a volontairement effacée. Les écarts valaient Δx = −71 m et Δy = +224 m : le signe « − » indiquait un déplacement vers les X négatifs (l'ouest, sur une carte orientée au nord), le signe « + » un déplacement vers les Y positifs (le nord). En élevant au carré, ces signes ont disparu — c'était voulu, une distance est toujours positive — mais ce sont eux qui portaient la direction : pour retrouver B depuis A, il faut se déplacer de 71 m vers l'ouest et de 224 m vers le nord.
On représente l'ensemble par une flèche menant de A à B : sa longueur est la distance, la droite qu'elle suit est la direction, et sa pointe indique le sens — de A vers B. Ce couple distance + direction forme le vecteur déplacement — un vecteur étant, de façon générale, une grandeur qui possède une intensité, une direction et un sens3, là où un simple nombre comme la distance (une grandeur scalaire) n'en a pas. Retenez ce mot : il reviendra dans la suite du cours.
En séance collective, vous installez un parcours de marche avec un slalom entre plots, et vous souhaitez savoir quelle distance chaque participant parcourt réellement. Mesurer au mètre ruban la ligne droite entre le départ et l'arrivée sous-estimerait l'effort : le chemin réel serpente entre les plots. La bonne mesure suit la logique de cette section — décomposer le parcours en segments, d'un plot au suivant, mesurer chaque segment, puis additionner.
- Position
- Endroit où se trouve un point à un instant donné, exprimé par rapport à un repère choisi. Dans un plan, elle se donne par deux coordonnées (x ; y).
- Trajectoire
- Tracé des positions successives d'un point au cours du temps : le chemin suivi. C'est une forme, pas un nombre.
- Échantillonnage
- Relevé d'une grandeur (position, vitesse…) à intervalles de temps réguliers : le phénomène mesuré est découpé en une suite de valeurs que l'on peut analyser segment par segment. Principe général de la mesure du mouvement.
- Fréquence d'échantillonnage
- Nombre de relevés effectués par seconde, en hertz (Hz). Plus elle est élevée, plus la mesure épouse le phénomène réel.
- Direction
- Orientation géométrique selon laquelle s'effectue un mouvement ou agit une grandeur vectorielle : la droite le long de laquelle on se déplace. Le sens précise vers laquelle des deux extrémités de cette droite on va. Dans un plan, direction et sens sont portés par les signes des écarts Δx et Δy.
- Vecteur déplacement
- Flèche menant du point de départ au point d'arrivée : son intensité est la distance en ligne directe, sa direction et son sens donnent l'orientation du déplacement. Un vecteur est une grandeur qui possède une intensité, une direction et un sens ; un scalaire n'a qu'une intensité.
- Définir la trajectoire, la distance et la direction, et dire ce que chacune apporte à la description d'un déplacement.
- Calculer la distance entre deux points d'un plan à partir de leurs coordonnées, avec la formule d = √(Δx² + Δy²).
- Expliquer le principe de l'échantillonnage et son intérêt pour mesurer une distance le long d'une trajectoire courbe.
- Expliquer pourquoi la distance seule ne permet pas de retrouver un point d'arrivée, et ce qu'ajoute le vecteur déplacement.