2.9.1 L'énoncé, décrypté
Reprenons l'énoncé posé au §2.61 : « Lorsqu'un corps A exerce une force sur un corps B, le corps B exerce simultanément sur A une force de même intensité, de même direction et de sens opposé. » Il contient trois affirmations :
- la relation — si un corps A exerce une force sur un corps B, alors B exerce une force sur A. C'est le principe d'action réciproque : l'action d'un corps sur un autre provoque en retour une action équivalente ;
- le moment — ces deux forces sont simultanées. Ce ne sont pas deux événements qui se suivent : les deux forces existent en même temps ;
- la comparaison — les deux forces ont la même intensité, la même direction, et des sens opposés.
La formulation « par … sur … » installée au §2.2 prend ici tout son sens : chaque force s'applique sur un corps différent — la force exercée par la batte s'applique sur la balle, la force exercée par la balle s'applique sur la batte — et les nommer ainsi suffit à ne jamais les confondre.
2.9.2 La frappe de baseball : les deux forces sur la même image
Au moment du contact, les deux forces de la loi sont là, sur la même image : la batte pousse la balle, et la balle pousse la batte — même intensité, même direction, sens opposés. Voilà la troisième loi.
Et là, deux questions se posent naturellement, parce qu'elles bousculent le bon sens.
Première question : si les deux forces sont égales et opposées, pourquoi ne s'annulent-elles pas ? L'objection est raisonnable — deux forces de même intensité et de sens opposés donnent bien une somme nulle. Sauf qu'une résultante se calcule sur un seul corps : on additionne les forces qui s'exercent sur lui (§2.5). Or ici, chaque force s'applique sur un corps différent — l'une s'exerce sur la balle, l'autre sur la batte. La première entre dans le calcul de la résultante de la balle, la seconde dans celui de la batte : ces deux forces ne se rencontrent donc jamais dans le même calcul, et ne peuvent pas s'annuler.
Seconde question : si les forces sont égales, pourquoi les effets ne le sont-ils pas ? La balle part à toute vitesse ; la batte, elle, ralentit à peine. Deux raisons, et la première est la deuxième loi appliquée deux fois : les forces sont égales, mais les masses ne le sont pas — la batte est plusieurs fois plus massive que la balle, donc à force égale son changement de vitesse est plusieurs fois plus petit (a = F/m). La seconde raison tient aux résultantes : sur la balle, il n'y a que l'impact ; sur la batte s'ajoutent la saisie de la joueuse et l'élan de ses bras. Les deux forces de la paire sont égales — mais la résultante sur chaque corps n'a rien à voir, et c'est elle qui décide de l'effet (§2.5, §2.8). Les deux lois se répondent : la loi 3 dit que les forces sont égales, la loi 2 dit pourquoi les effets ne le sont pas.
2.9.3 Marcel pousse le mur — et c'est lui qui recule
La frappe de baseball dure une milliseconde, entre deux objets rapides. Dans la vidéo ci-dessus, on retrouve la même loi, mais sur une action plus lente. Marcel, sur un skateboard, pousse un mur : la seule force qu'il exerce s'applique au mur, vers l'avant — et pourtant c'est lui qui recule, dans le sens opposé à sa poussée.
Pour expliquer ce recul, on est obligé d'admettre qu'une seconde force existe : une force exercée par le mur sur Marcel, de même intensité et de sens opposé à la sienne. C'est ce qu'on appelle une force de réaction. Sur le schéma, chaque flèche s'applique à son corps : celle de Marcel au mur, celle du mur à Marcel — et sur le diagramme de forces de Marcel, seule figure la seconde ; rien ne l'annule, donc il recule.
Et pourquoi le mur, lui, ne bouge-t-il pas ? Même raisonnement que pour la batte : le mur est solidaire du bâtiment, et le bâtiment du sol — même force, masse sans commune mesure, effet immesurable. Deux exemples, un seul raisonnement : la loi 3 donne les forces, la loi 2 donne les effets.
À chaque pas de marche, le même raisonnement s'applique : le pied exerce une force sur le sol, et le sol en exerce une en retour sur le corps — le chapitre 3 lui donnera son nom et son rôle dans la propulsion.
- Troisième loi de Newton (principe d'action-réaction)
- Lorsqu'un corps A exerce une force sur un corps B, le corps B exerce simultanément sur A une force de même intensité, de même direction et de sens opposé.
- Force de réaction
- La force qu'un corps B exerce en retour sur le corps A qui agit sur lui : même intensité, même direction, sens opposé.
- Paire action-réaction
- Les deux forces d'une même interaction. Elles s'appliquent toujours à deux corps différents, et ne peuvent donc jamais s'annuler entre elles.
- Expliquer la troisième loi en mots simples, en décrivant chaque force avec la formulation « par … sur … ».
- Expliquer pourquoi les deux forces d'une paire action-réaction ne s'annulent jamais.
- Articuler les lois 2 et 3 : les forces sont égales, mais les effets peuvent ne pas l'être — à cause des masses et des résultantes.
- Identifier la force de réaction dans une situation simple, et dire sur quel corps elle s'applique.