1.6.1 Rapporter la distance au temps
La distance mesurée à la section 1.5 ne dit rien de la durée du parcours ; or parcourir 30 mètres en 6 secondes ou en 1 minute ne décrit pas le même mouvement. Il faut donc une grandeur qui combine les deux : la vitesse, définie comme la distance parcourue divisée par la durée du parcours1. On la note v, et son unité se lit directement dans sa définition : des mètres divisés par des secondes donnent des mètres par seconde (m/s).
v: vitesse, en mètres par seconde (m/s)d: distance parcourue, en mètres (m)t: durée du parcours, en secondes (s)
Un coureur s'élance départ arrêté sur une piste graduée ; le chronomètre part à son premier mouvement. Il parcourt 30 m en 6,0 s. Quelle est sa vitesse ?
Méthode. On dispose d'une distance et d'une durée : ce sont les deux grandeurs de la formule. On vérifie que les unités sont les bonnes (mètres, secondes), puis on divise.
Calcul.
- Données :
d = 30 m;t = 6,0 s - Application :
v = d / t = 30 / 6,0 - Résultat :
v = 5,0 m/s
Interprétation. Le coureur a parcouru, en moyenne, 5 mètres à chaque seconde. Ce « en moyenne » est essentiel : un seul chiffre résume ici les 6 secondes de la course — la sous-section suivante examine ce que ce résumé cache.
1.6.2 La vitesse moyenne : un seul chiffre pour tout le trajet
La valeur calculée ci-dessus est une vitesse moyenne : la distance totale divisée par le temps total, soit un chiffre unique pour l'ensemble du trajet. Ce chiffre suffit-il à décrire la course ? Au départ, le coureur était à l'arrêt : sa vitesse était nulle. En plein élan, il allait nettement plus vite que 5,0 m/s. À l'arrivée, il a freiné jusqu'à s'arrêter : sa vitesse est redevenue nulle. La vitesse moyenne ne décrit aucun de ces trois instants — elle ne dit rien de ce qui se passe entre le départ et l'arrivée2.
Il existe un cas où la moyenne décrit fidèlement le mouvement : le mouvement uniforme, dont la vitesse ne change pas au cours du temps. Une voiture qui maintient 130 km/h sur 100 km d'autoroute est parfaitement résumée par sa moyenne. Mais le mouvement humain n'est presque jamais uniforme : il démarre, varie, s'arrête. Pour le décrire, il faut d'autres valeurs que la moyenne.
1.6.3 Échantillonner le temps pour approcher la vitesse instantanée
Le principe a été posé à la section 1.5 : quand une grandeur varie, on l'échantillonne. Appliqué à la vitesse, l'échantillonnage consiste à découper le temps de course en intervalles courts et réguliers — toutes les 0,25 s, par exemple — et à calculer la vitesse moyenne de chaque intervalle : la distance parcourue pendant l'intervalle, divisée par sa durée. On n'obtient plus un chiffre unique, mais une suite de vitesses, qui révèle comment l'allure évolue au fil de la course.
Plus l'intervalle est court, plus la vitesse moyenne calculée sur cet intervalle se rapproche de la vitesse instantanée : la vitesse du coureur à un instant précis du mouvement3 — celle qu'indique, dans une voiture, le compteur.
Reportées sur un graphique, ces vitesses se lisent d'un coup d'œil (cf. Figure 1.8) : en abscisse le temps, en ordonnée la vitesse ; une barre par intervalle de 0,25 s, la courbe de la vitesse instantanée, et la droite horizontale de la vitesse moyenne. Trois phases apparaissent, que la moyenne masquait : les barres montent — le coureur va de plus en plus vite ; elles forment un plateau proche de 8 m/s — il tient sa vitesse maximale ; elles chutent — il ralentit jusqu'à l'arrêt.
Ce graphique montre ce que la moyenne cachait : la vitesse varie au cours du temps. Cette variation porte un nom — l'accélération — et c'est l'objet de la section suivante.
La vitesse de marche est le paramètre biomécanique le plus utilisé de ce cours, parce qu'elle est bien plus qu'une simple grandeur de la cinématique : chez la personne âgée, c'est un marqueur de santé, parfois qualifié de « sixième signe vital ». Une méta-analyse portant sur près de 35 000 personnes de 65 ans et plus a montré qu'une vitesse de marche plus élevée est associée à une meilleure survie — au sens des études de mortalité : chaque tranche de 0,1 m/s supplémentaire correspond à une réduction d'environ 12 % du risque de décès4. Sur le terrain, un seuil d'alerte autour de 0,8 m/s est retenu comme prédicteur d'évolutions défavorables (fragilité, chutes, perte d'autonomie)5, et une valeur se lit par rapport aux données normatives : environ 1,2 à 1,4 m/s pour un adulte sain, 1,0 à 1,3 m/s pour un sénior6.
La mesure, elle, applique directement les notions de cette section. Ce qui est informatif, c'est la vitesse de croisière — pas les phases de démarrage et d'arrêt, qui abaisseraient la moyenne. Le protocole standardisé prévoit ainsi un couloir de 9 m dont les 2,5 premiers et derniers mètres servent de zones d'accélération et de décélération : seuls les 4 m centraux, parcourus à allure confortable et quasi constante, sont chronométrés7.
- Vitesse moyenne
- Distance totale divisée par le temps total : un chiffre unique qui résume tout le trajet. Ne décrit fidèlement qu'un mouvement uniforme.
- Vitesse instantanée
- Vitesse à un instant précis du mouvement, en m/s. On l'approche en échantillonnant le temps en intervalles de plus en plus courts.
- Mouvement uniforme
- Mouvement dont la vitesse ne change pas au cours du temps.
- Repères chiffrés à connaître
- Marche d'un adulte sain ≈ 1,2 à 1,4 m/s · marche d'un sénior ≈ 1,0 à 1,3 m/s · seuil d'alerte ≈ 0,8 m/s · conversion 1 m/s = 3,6 km/h.
- Énoncer la définition de la vitesse et donner son unité.
- Calculer une vitesse à partir d'une distance et d'une durée, et exprimer le résultat avec son unité.
- Expliquer la différence entre vitesse moyenne et vitesse instantanée, et le rôle de l'échantillonnage pour passer de l'une à l'autre.
- Lire une courbe de vitesse en fonction du temps et y repérer les phases où l'allure augmente, se maintient ou diminue.
- Situer une vitesse de marche mesurée par rapport aux repères de référence, et justifier les zones d'accélération et de décélération du protocole.