5.10 La marche, une succession de déséquilibres rattrapés
La stratégie du pas ne sert pas qu'à rattraper une perturbation : elle sert aussi, chaque jour, à se déplacer. Cette section définit l'équilibre postural dynamique, puis montre qu'en marchant, on rompt volontairement l'équilibre à chaque pas, et que le pas suivant le rattrape. À la fin de cette section, vous devez être capable de définir l'équilibre postural dynamique, et de décrire, pas à pas, comment la projection verticale du centre de masse sort du polygone de sustentation puis y retombe pendant la marche.
5.10.1 L'équilibre postural dynamique
Lors d'une perturbation importante, c'est le pas qui rétablit l'équilibre (§5.9). Ce même geste, nous l'utilisons aussi au quotidien pour nous déplacer : c'est la marche. Mais cette fois, le déséquilibre n'est pas subi : il est volontaire.
Les sections 5.3 à 5.7 ont décrit l'équilibre postural statique, celui d'un corps qui maintient une posture, immobile (§5.2.2). Quand le corps se déplace, ou qu'il doit rattraper une perturbation, on parle d'équilibre postural dynamique : maintenir ou rétablir l'équilibre au cours d'un mouvement, ou après une perturbation1. Le rattrapage d'une perturbation par un pas (§5.9) en relève déjà ; la marche aussi.
Le mot équilibre y prend un sens plus large. En équilibre postural dynamique, les deux conditions de l'équilibre (§5.2.2) ne sont pas réunies à chaque instant : le centre de masse accélère, ralentit, change de direction. Ce qui compte, c'est que le corps ne chute pas, parce que le pas suivant rétablit les conditions de l'équilibre2.
5.10.2 Marcher, c'est tomber en avant et se rattraper
Dans la vidéo, vous aurez sûrement remarqué que la projection verticale du centre de masse ne reste pas dans le polygone de sustentation. Le ralenti permet de suivre ce qui se passe à chaque pas (figure 5.17) :
- Dès que le marcheur est sur un seul pied, le polygone de sustentation se réduit à ce pied, et la projection verticale du centre de masse passe devant lui : elle est sortie du polygone, et le corps commence à tomber vers l'avant.
- Le pied qui avance se pose devant la projection : il recrée un polygone de sustentation, qui la contient de nouveau.
- Puis le cycle recommence, pied après pied.
La marche est donc une succession de déséquilibres rattrapés : marcher, c'est tomber en avant, et se rattraper à chaque pas. C'est ce déséquilibre qui fait avancer. En marche régulière, le centre de masse se trouve hors du polygone de sustentation pendant presque tout le cycle ; il n'y revient que pendant le bref instant où les deux pieds sont au sol2.
Le pas de la marche est donc une stratégie à changement d'appui (§5.9.2), employée volontairement : le pied qui avance déplace le polygone de sustentation sous la projection verticale du centre de masse.

La suite du chapitre examine comment l'équilibre postural statique et l'équilibre postural dynamique évoluent avec l'âge — et pourquoi cette évolution compte : elle augmente le risque de chute.
- Équilibre postural dynamique
- Le fait de maintenir ou de rétablir l'équilibre au cours d'un mouvement, ou après une perturbation. Les conditions de l'équilibre n'y sont pas réunies à chaque instant : elles sont rétablies à chaque pas.
- Définir l'équilibre postural dynamique, et le distinguer de l'équilibre postural statique.
- Décrire, pas à pas, comment la projection verticale du centre de masse sort du polygone de sustentation puis y retombe pendant la marche.
- Expliquer pourquoi le pas de la marche est une stratégie à changement d'appui.