5.14 En marche : le chuteur garde son centre de masse plus près de son appui
Reste la marche, la situation la plus fréquente de la vie quotidienne : la personne âgée qui a déjà chuté y garde la projection de son centre de masse plus près de son appui que l'adulte jeune. Cette section présente ce constat, puis ses deux causes, celles du pas court vues au chapitre 4 : l'une subie, l'autre choisie. À la fin de cette section, vous devez être capable de décrire où se trouve la projection du centre de masse au début de l'appui sur un pied, de dire ce qui change chez la personne âgée qui a déjà chuté, et d'expliquer la part subie et la part choisie de ce changement.
5.14.1 Ce qu'on observe : un déséquilibre plus petit à chaque pas
Les sections 5.12 et 5.13 ont décrit ce que l'âge change debout, puis face à une perturbation externe. Reste la marche. Le chapitre 4 l'a montré : avec l'âge, le pas raccourcit (§4.10.2). Cette section regarde ce que ce pas plus court change pour le centre de masse.
Plaçons-nous à l'instant où le pied arrière quitte le sol :
- le seul appui est alors le pied avant : c'est le début du simple appui, et le polygone de sustentation se réduit à ce pied ;
- la projection verticale du centre de masse n'est pas encore au-dessus de ce pied : elle est derrière lui (et légèrement en dedans), hors du polygone1 ;
- la distance qui la sépare du pied avant est, en moyenne, d'environ 12 cm chez l'adulte jeune, et d'environ 8 cm chez la personne âgée qui a déjà chuté2.
Dans la vidéo, vous aurez sûrement remarqué que, chez la personne âgée, le pied avant a été posé moins loin devant le centre de masse. Le déséquilibre engagé à chaque pas est donc plus petit : la personne âgée qui a déjà chuté garde son centre de masse plus près de son appui. Les auteurs de l'étude y voient une marche prudente3.

5.14.2 Pourquoi : une part subie, une part choisie
Le chapitre 4 a donné deux lectures du pas court de la personne âgée : une faiblesse, subie, et une stratégie, choisie (§4.10.2). Ce sont les deux causes de ce constat.
La part subie : une poussée plus faible. Ce qui projette le centre de masse devant le pied d'appui, c'est la poussée de la jambe en fin d'appui, produite surtout par les muscles fléchisseurs plantaires de la cheville (les muscles du mollet). Une méta-analyse de 29 études, comparant des personnes âgées en bonne santé à des adultes jeunes, montre que cette poussée diminue avec l'âge : les effets de l'âge sont modérés à grands sur la mobilité active de la cheville pendant la marche (son amplitude de mouvement, plus faible chez la personne âgée), sur le moment de force et la puissance qui propulsent le corps, et sur les forces de réaction du sol4. L'enchaînement est le suivant :
- moins de force et de puissance à la cheville en fin d'appui ;
- donc moins de poussée vers l'avant ;
- donc un pas plus court ;
- donc un pied avant posé moins loin devant le centre de masse, et un centre de masse qui reste près de ses appuis.
La part choisie : une prudence. Garder son centre de masse plus près de ses appuis, c'est réduire le déséquilibre engagé à chaque pas, et donc le déséquilibre à rattraper au pas suivant (§5.10). Les auteurs de l'étude évoquent eux-mêmes les deux causes : ce comportement pourrait traduire la peur d'une chute latérale ou vers l'arrière, aussi bien qu'une force musculaire réduite3. Une étude prospective était déjà arrivée à une conclusion voisine : le pas plus court, la marche plus lente et le double appui prolongé, longtemps tenus pour des facteurs de risque de chute, pourraient être des adaptations stabilisatrices liées à la peur de chuter5.
Comme au chapitre 4, les deux causes coexistent souvent : la faiblesse impose une limite, la prudence s'installe dedans.
- Simple appui
- La phase de la marche pendant laquelle un seul pied est au sol ; le polygone de sustentation se réduit alors à ce pied.
- Fléchisseurs plantaires
- Les muscles du mollet, qui étendent la cheville (pointe du pied vers le bas) et produisent l'essentiel de la poussée en fin d'appui.
- Décrire où se trouve la projection verticale du centre de masse à l'instant où le pied arrière quitte le sol.
- Dire ce qui change chez la personne âgée qui a déjà chuté, et pourquoi le constat ne porte pas sur la personne âgée en général.
- Expliquer la part subie (une poussée plus faible) et la part choisie (une prudence) de ce changement.