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5.9 Changer d'appui : la stratégie du pas

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.95 min de lecturemis à jour le 27 septembre 2026
Objectifs de la section

Lorsqu'une perturbation est trop importante, la cheville et la hanche ne suffisent plus : le corps change d'appui, par un pas ou par une main qui saisit un appui. Cette section présente cette troisième stratégie, puis range les stratégies du contrôle postural en deux familles, à appui fixe et à changement d'appui. À la fin de cette section, vous devez être capable de décrire la stratégie du pas, de dire ce qu'elle déplace, et de classer chaque stratégie du contrôle postural dans l'une des deux familles.

5.9.1 Quand la cheville et la hanche ne suffisent plus​

Dans la vidéo, vous aurez sûrement remarqué que la personne ne cherche pas à ramener son centre de masse au-dessus de ses pieds : elle déplace ses pieds sous son centre de masse.

La stratégie de cheville et la stratégie de hanche (§5.8) ont une limite commune : les appuis ne bougent pas, et elles ne peuvent agir que sur le centre de masse. Lorsqu'une perturbation externe est trop importante (une bousculade, un pied qui glisse sur le sol, un trottoir mal évalué), elles ne parviennent plus à ramener la projection verticale du centre de masse dans le polygone de sustentation : la projection en est sortie, ou elle va en sortir.

Le corps dispose alors d'une troisième stratégie : la stratégie du pas, qui consiste à déplacer le polygone de sustentation sous la projection verticale du centre de masse, au lieu de ramener la projection dans le polygone1.

  • Un pied part et se pose plus loin, dans la direction de la perturbation.
  • Le polygone de sustentation s'agrandit : il s'étend désormais jusqu'au nouvel appui.
  • La projection verticale du centre de masse se retrouve dans ce nouveau polygone : la chute du centre de masse est arrêtée, et l'équilibre peut de nouveau être maintenu2.

Une main qui saisit un appui (une rampe, le dossier d'une chaise, un mur) applique le même principe : le point de contact de la main s'ajoute au polygone de sustentation, comme celui d'une canne (§5.5.2)3.

Face à une perturbation importante, cette stratégie est la seule qui permette de conserver l'équilibre : en agrandissant le polygone de sustentation, elle agrandit considérablement la zone dans laquelle le centre de masse peut se déplacer sans que l'équilibre soit rompu4.

La stratégie du pas, de profil. À gauche, après une poussée dans le dos, la projection verticale du centre de masse sort du polygone de sustentation. À droite, un pied s'est posé vers l'avant : le nouveau polygone contient la projection.
Figure 5.16 — La stratégie du pas, de profil. À gauche, après une poussée dans le dos, la projection verticale du centre de masse sort du polygone de sustentation. À droite, un pied s'est posé vers l'avant : le nouveau polygone contient la projection.Source : diaporama CM4, dia 28.

5.9.2 Deux familles de stratégies​

Les stratégies du contrôle postural se rangent en deux familles, selon ce qu'elles déplacent (tableau 5.2)3 :

  • les stratégies à appui fixe (la stratégie de cheville, la stratégie de hanche) : les appuis ne bougent pas, c'est le centre de masse qui est déplacé ;
  • les stratégies à changement d'appui (le pas, la main qui saisit un appui) : c'est le polygone de sustentation qui est déplacé, pour qu'il contienne de nouveau la projection verticale du centre de masse.

Tableau 5.2 — Les deux familles de stratégies du contrôle postural.

FamilleStratégiesCe qui est déplacé
À appui fixeCheville, hancheLe centre de masse (les appuis ne bougent pas)
À changement d'appuiPas, main qui saisit un appuiLe polygone de sustentation

(Dans la littérature scientifique, en anglais, ces deux familles se nomment fixed-support et change-in-support.)

Ces deux familles correspondent aux deux gestes que l'expérience du mur interdisait (§5.1) : reculer le bassin, pour déplacer le centre de masse, relève d'une stratégie à appui fixe ; faire un pas relève d'une stratégie à changement d'appui.

La section suivante montre que ce même geste, le pas, est aussi celui de la marche.

Glossaire de la section3 termes
Stratégie du pas
Stratégie du contrôle postural qui consiste à déplacer le polygone de sustentation sous la projection verticale du centre de masse, par un pas ; une main qui saisit un appui applique le même principe.
Stratégie à appui fixe
Stratégie du contrôle postural dans laquelle les appuis ne bougent pas et le centre de masse est déplacé : stratégie de cheville, stratégie de hanche.
Stratégie à changement d'appui
Stratégie du contrôle postural dans laquelle le polygone de sustentation est déplacé pour contenir de nouveau la projection verticale du centre de masse : pas, main qui saisit un appui.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 3
  1. Expliquer pourquoi, lors d'une perturbation importante, la stratégie de cheville et la stratégie de hanche ne suffisent plus.
  2. Décrire la stratégie du pas et dire ce qu'elle déplace.
  3. Classer une stratégie du contrôle postural dans la famille à appui fixe ou à changement d'appui.
Vérifiez votre compréhensioncorrigé au clic

À la famille à changement d'appui. La main qui saisit la rampe crée un nouveau point de contact, qui s'ajoute au polygone de sustentation : c'est le polygone qui est déplacé pour contenir de nouveau la projection verticale du centre de masse, et non le centre de masse qui est ramené au-dessus des pieds.

Ce qu'elles déplacent. Dans une stratégie à appui fixe (cheville, hanche), les appuis ne bougent pas et c'est le centre de masse qui est déplacé. Dans une stratégie à changement d'appui (pas, main qui saisit un appui), c'est le polygone de sustentation qui est déplacé, pour contenir de nouveau la projection verticale du centre de masse.

Non. Le pas part souvent bien avant que le centre de masse n'approche des limites de stabilité, et il est préféré à la stratégie de hanche lorsque la situation le permet. Les stratégies se combinent : même lorsqu'une personne fait un pas, elle commence par tenter de ramener son centre de masse par la cheville.

Sources​

  1. Horak et al. (1989), p. 729 — verbatim : « A stepping strategy (Fig. 3, right), however, realigns the base of support under the new position of the center of gravity with rapid steps, hops, or stumbles ». ↩

  2. Rogers M.W., Mille M.-L. (2003), Lateral stability and falls in older people, Exercise and Sport Sciences Reviews 31(4):182-187, p. 184 (PDF — localisateur en clair) — à propos d'une traction latérale appliquée à la taille, verbatim : « younger individuals generally use a single lateral step of the loaded limb […] to extend the BOS and to arrest the motion of the falling COM ». ↩

  3. Pollock et al. (2000), p. 404 — verbatims : « These responses may be 'fixed-support', where the line of gravity is moved but the BoS remains unaltered, or 'change-in-support', were [sic] the BoS is moved so that the line of gravity intersects it » ; « Swaying from the ankle or hip ('ankle strategy' or 'hip strategy') are commonly described fixed-support strategies, while grasping with a hand or stepping ('stepping strategy') are common change-in-support strategies ». Les deux termes viennent de Maki B.E., McIlroy W.E. (1997), The role of limb movements in maintaining upright stance: the "change-in-support" strategy, Physical Therapy 77(5):488-507. ↩ ↩2

  4. Maki & McIlroy (1997), p. 490 (PDF — localisateur en clair) — verbatims : « they are the only reactions that can successfully be used to maintain balance in the face of large perturbations » ; « First, in increasing the size of the BOS, the range of COM displacement that can be accommodated without loss of stability can be increased dramatically ». ↩

  5. Maki & McIlroy (1997), résumé, p. 488 — verbatims : « Contrary to traditional views, change-in-support reactions are not just strategies of last resort, but are often initiated well before the center of mass is near the stability limits of the base of support. Furthermore, it appears that subjects, when given the option, will select these reactions in preference to the fixed-support "hip strategy" » ; p. 489 : « Until recently, it was widely believed that the change-in-support strategies were only mechanisms of last resort ». ↩

  6. Horak (2006), p. ii9 — verbatim : « Taking a step to recover equilibrium is common, especially during gait and when keeping the feet in place is not important. However, even when persons step in response to an external perturbation, they first attempt to return the CoM to the initial position by exerting angle [sic] torque ». ↩