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5.2 Posture, état d'équilibre, stabilité posturale

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.25 min de lecturemis à jour le 26 septembre 2026
Objectifs de la section

Ce que l'expérience du mur a mis en jeu s'appelle, en biomécanique, l'équilibre postural ; le terme réunit deux mots, posture et équilibre, que cette section définit l'un après l'autre — en montrant que l'équilibre d'un corps humain demande deux conditions, et non une seule. Elle définit ensuite la stabilité posturale, et montre comment elle est liée à l'état d'équilibre du corps. À la fin de cette section, vous devez être capable de définir la posture, d'énoncer les deux conditions de l'équilibre, de définir l'équilibre postural statique et la stabilité posturale, de distinguer une perturbation interne d'une perturbation externe, et d'expliquer le lien entre l'état d'équilibre et la stabilité posturale.

5.2.1 La posture​

Ce que l'expérience du mur a mis en jeu s'appelle l'équilibre postural. Le terme réunit deux mots, posture et équilibre, qui se définissent l'un après l'autre.

La posture correspond à l'activité musculaire de l'ensemble du corps qui permet d'organiser les segments les uns par rapport aux autres, par rapport à l'environnement et par rapport à la verticale, c'est-à-dire la direction de la force gravitationnelle1. Debout, assis, penché : ce sont des postures.

5.2.2 L'équilibre : deux conditions, et non une seule​

L'équilibre a été défini au chapitre 2 : un corps est en équilibre quand les forces qui s'exercent sur lui se compensent, c'est-à-dire quand leur résultante est nulle (§2.5.4). Pour l'équilibre postural, cette condition ne suffit pas : il faut aussi que les moments de force s'équilibrent.

Le mouvement du corps humain se fait en effet par des rotations des segments autour des articulations, et les forces qui s'exercent sur ces segments s'appliquent à distance des axes de rotation. Or, à intensité égale, deux forces ne produisent pas forcément des moments égaux : chaque moment dépend aussi du bras de levier de la force (§3.2 et §3.4).

L'équilibre d'un corps demande donc que deux conditions soient réunies en même temps2 :

  • la résultante des forces est nulle (§2.5.4) ;
  • le moment résultant est nul (§3.3.4).

C'est le domaine de la statique. Debout, sans bouger, vous êtes dans ce cas : on parle d'équilibre postural statique — l'équilibre d'un corps qui maintient une posture, immobile3.

5.2.3 La stabilité posturale​

En biomécanique du mouvement humain, le mot équilibre est pourtant souvent associé à une autre notion, celle de stabilité. La stabilité, c'est réussir à conserver un état constant face à des perturbations, internes ou externes4 :

  • les perturbations internes proviennent des activités musculaires et articulaires de l'organisme lui-même (l'activité cardiaque, la respiration) ;
  • les perturbations externes proviennent d'éléments extérieurs à l'organisme (la force gravitationnelle, des perturbations visuelles, une bousculade).

Lors de l'expérience du mur, la perturbation était interne : c'est le mouvement de votre propre buste qui l'a créée.

Appliquée à la posture, cette notion définit la stabilité posturale : un processus qui permet à l'individu de résister à une perturbation et de revenir à son état initial.

L'état d'équilibre et la stabilité posturale sont donc liés. L'état d'équilibre décrit la situation du corps à un instant donné : il est maintenu ou rompu. La stabilité posturale décrit ce qui permet au corps de conserver cet état face à une perturbation :

  • résister à la perturbation, c'est maintenir l'état d'équilibre malgré elle ;
  • revenir à son état initial, c'est retrouver la posture de départ une fois la perturbation passée.

La stabilité posturale est l'objet de ce chapitre. Pour la comprendre dans le cas le plus simple, l'équilibre postural statique, trois questions sont à résoudre : où se situe le centre de masse, comment il se déplace (§5.3), et où il doit se trouver par rapport aux appuis pour que l'équilibre soit maintenu, avec quelle marge (§5.4 et §5.5).

La physique distingue trois façons dont un corps en équilibre réagit quand on l'en écarte légèrement5 :

  • l'équilibre est stable si le corps est ramené vers sa position de départ (une bille au fond d'un bol) ;
  • il est instable si le corps s'éloigne davantage de sa position de départ (une balle posée au sommet d'une colline) ;
  • il est indifférent si le corps reste en équilibre dans sa nouvelle position (une bille sur une table horizontale).

Ces trois cas décrivent des objets inertes, qui ne font rien pour rester en équilibre. Une personne, elle, perçoit la perturbation et la contre par l'activité de ses muscles6 : c'est pourquoi la stabilité posturale est un processus, et non une simple propriété de la forme du corps.

Glossaire de la section4 termes
Posture
L'activité musculaire de l'ensemble du corps qui permet d'organiser les segments les uns par rapport aux autres, par rapport à l'environnement et par rapport à la verticale (debout, assis, penché).
Équilibre postural statique
L'équilibre d'un corps qui maintient une posture, immobile : la résultante des forces qui s'exercent sur lui est nulle, et le moment résultant de ces forces est nul.
Perturbation interne / externe
Ce qui tend à écarter le corps de son état : interne quand elle provient des activités musculaires et articulaires de l'organisme (respiration, activité cardiaque, mouvement d'un segment), externe quand elle provient d'éléments extérieurs (force gravitationnelle, perturbations visuelles, bousculade).
Stabilité posturale
Le processus qui permet à l'individu de résister à une perturbation et de revenir à son état initial ; c'est ce qui permet au corps de conserver son état d'équilibre face à une perturbation.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 5
  1. Définir la posture, et en donner des exemples.
  2. Énoncer les deux conditions de l'équilibre — résultante des forces nulle, moment résultant nul — et expliquer pourquoi la première ne suffit pas pour l'équilibre postural.
  3. Définir l'équilibre postural statique.
  4. Distinguer une perturbation interne d'une perturbation externe, et en donner des exemples.
  5. Définir la stabilité posturale, et expliquer son lien avec l'état d'équilibre.
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L'état d'équilibre décrit la situation du corps à un instant donné : il est maintenu (la résultante des forces et le moment résultant sont nuls) ou il est rompu. La stabilité posturale est le processus qui permet au corps de conserver cet état face à une perturbation : résister, c'est maintenir l'état d'équilibre malgré la perturbation ; revenir à son état initial, c'est retrouver la posture de départ une fois la perturbation passée.

Interne : c'est le mouvement du buste de la personne elle-même — une activité musculaire et articulaire de son organisme — qui crée la perturbation. Une perturbation externe provient d'un élément extérieur à l'organisme, comme une bousculade.

Non. Leur résultante est nulle, mais leurs moments dépendent aussi de leurs bras de levier : à intensité égale, ils ne s'équilibrent pas forcément. Si le moment résultant n'est pas nul, le segment se met en rotation autour de son articulation ; l'équilibre demande les deux conditions.

Sources​

  1. Horak F.B. (2006), Postural orientation and equilibrium: what do we need to know about neural control of balance to prevent falls?, Age and Ageing 35-S2, p. ii8 (PDF — localisateur en clair) — « Postural orientation involves the active control of body alignment and tone with respect to gravity, support surface, visual environment and internal references ». Définition reprise en français par Séba M.-P. (2024), Effet de l'âge sur le contrôle postural et la cybercinétose en contexte de réalité virtuelle, thèse de doctorat, Université Paris Cité (HAL tel-05426041), §1.1.1, p. 15 — verbatim : « La posture, comme le propose Horak (2006), correspond à l'activité musculaire de l'ensemble du corps permettant d'organiser les segments les uns avec les autres, par rapport à l'environnement et la verticale gravitaire ». ↩

  2. OpenStax, College Physics 2e, §9.2 The Second Condition for Equilibrium (CC BY). https://openstax.org/books/college-physics-2e/pages/9-2-the-second-condition-for-equilibrium#:~:text=The%20second%20condition%20necessary%20to%20achieve%20equilibrium%20is%20that%20the%20net%20external%20torque — verbatim : « The second condition necessary to achieve equilibrium is that the net external torque on a system must be zero ». Même définition en biomécanique clinique : Pollock et al. (2000), p. 402 — « The term balance (or equilibrium), as used in mechanics, is defined as the state of an object when the resultant load actions (forces or moments) acting upon it are zero ». ↩

  3. Pollock A.S., Durward B.R., Rowe P.J., Paul J.P. (2000), What is balance?, Clinical Rehabilitation 14(4):402-406, p. 404 (PDF — localisateur en clair) : la première des trois situations qui mettent en jeu l'équilibre est « the maintenance of a specified posture, such as sitting or standing ». ↩

  4. Séba (2024), §1.1.1, p. 15 — verbatims : « La stabilité revient à réussir à conserver un état constant face à des perturbations externes ou internes. Les perturbations internes correspondent aux activités musculaires et articulaires (e.g., activité cardiaque, respiration, etc.). Les perturbations externes proviennent d'éléments extérieurs à l'organisme, tel que la force gravitaire, des perturbations visuelles, etc. La stabilité posturale peut ainsi se définir comme un processus qui permet à l'individu de résister à une perturbation et de revenir à son état initial ». ↩

  5. OpenStax, College Physics 2e, §9.3 Stability (CC BY). https://openstax.org/books/college-physics-2e/pages/9-3-stability#:~:text=stable%20equilibrium%20if%2C%20when%20displaced%20from%20equilibrium — verbatims : « A system is said to be in stable equilibrium if, when displaced from equilibrium, it experiences a net force or torque in a direction opposite to the direction of the displacement » ; « A system is in unstable equilibrium if, when displaced, it experiences a net force or torque in the same direction as the displacement from equilibrium » ; « A system is in neutral equilibrium if its equilibrium is independent of displacements from its original position ». Exemples de la même page : « a marble at the bottom of a bowl », « a ball resting on top of a hill », « A marble on a flat horizontal surface ». ↩

  6. Pollock et al. (2000), p. 403 — verbatim : « when, in a human, the line of gravity falls out with the BoS the human body has the inherent ability to sense the threat to stability and to use muscular activity to counteract the force of gravity in order to prevent falling. Thus, a human has control over balance […], while an inanimate object does not ». ↩