5.3 Le centre de masse : où il se situe, comment il se déplace
Le centre de masse a été introduit au chapitre 2 comme le point d'application du poids du corps entier ; cette section dit où il se situe chez une personne debout, puis comment il se déplace quand la posture change. Elle montre enfin que ce point ne se voit pas et ne se mesure pas directement : il se calcule. À la fin de cette section, vous devez être capable de situer le centre de masse d'une personne debout, de décrire son déplacement quand les segments changent de position, et d'expliquer pourquoi il peut se trouver hors du corps.
5.3.1 Où il se situe, debout
Debout, dans une position relâchée, le centre de masse se situe approximativement au niveau du bassin, en avant de la deuxième vertèbre sacrée, notée S21 (figure 5.2). Cette position varie d'une personne à l'autre, en fonction de la longueur des jambes par rapport au tronc et de la répartition de la masse entre ces deux régions du corps2 : dans l'animation, le centre de masse n'est d'ailleurs pas exactement devant S2.
C'est de ce point que part la flèche du poids : tout se passe comme si le poids du corps entier s'appliquait là (§2.11).

5.3.2 Comment il se déplace
Vous aurez sûrement repéré que le centre de masse n'est pas un point fixe du corps : il se déplace selon la position relative des segments3.
- Les bras levés, il monte.
- Le buste penché vers l'avant, il avance, et il se retrouve même à l'extérieur du corps, devant l'abdomen, dans le vide.
Le centre de masse est un point théorique, rattaché à aucune structure du corps — un point de calcul4. Et pourtant, tout se passe comme si le poids du corps entier s'appliquait en ce point.

Deux propriétés résument donc le centre de masse : il se déplace selon la position relative des segments, et c'est le point d'application du poids du corps entier, la résultante des forces gravitationnelles qui s'exercent sur chaque parcelle de matière du corps (§2.11).
5.3.3 Un point qui se calcule
Le centre de masse ne se voit pas, et aucun instrument ne le mesure directement : il se calcule. L'une des méthodes les plus simples et les plus accessibles pour le calculer est la méthode segmentaire5. Elle considère le corps comme un ensemble de segments — la tête et le cou, le tronc, les bras, les avant-bras, les mains, les cuisses, les jambes, les pieds —, dont chacun possède sa propre masse et son propre centre de masse, et elle procède en trois temps :
- découper le corps en segments, et repérer la position de chacun, sur une photographie par exemple ;
- lire dans une table anthropométrique (tableau 5.1) la masse de chaque segment, exprimée en fraction de la masse du corps entier, et la position de son centre de masse le long du segment ;
- calculer le centre de masse du corps entier : c'est la moyenne des positions des centres de masse des segments, pondérée par leurs masses — chaque segment compte d'autant plus que sa masse est grande.
La table utilisée dans ce cours est celle de Winter (2009), établie d'après les mesures de Dempster (1955)6. Elle décrit le corps en huit segments ; ceux des membres, présents à gauche et à droite, n'y figurent qu'une fois.
| Segment | Repères, de l'extrémité proximale à l'extrémité distale | Masse du segment / masse du corps | Centre de masse, depuis l'extrémité proximale (fraction de la longueur) |
|---|---|---|---|
| Tête et cou | C7-T1 → conduit auditif | 0,081 | 1,000 |
| Tronc | grand trochanter → articulation de l'épaule | 0,497 | 0,500 |
| Bras | articulation de l'épaule → axe du coude | 0,028 | 0,436 |
| Avant-bras | axe du coude → styloïde ulnaire | 0,016 | 0,430 |
| Main | axe du poignet → 2ᵉ articulation métacarpo-phalangienne du médius | 0,006 | 0,506 |
| Cuisse | grand trochanter → condyles fémoraux | 0,100 | 0,433 |
| Jambe | condyles fémoraux → malléole médiale | 0,0465 | 0,433 |
| Pied | malléole latérale → tête du 2ᵉ métatarsien | 0,0145 | 0,500 |
Tableau 5.1 — La table anthropométrique du cours, d'après Winter (2009), table 4.1 (données de Dempster, 1955). Les membres étant doubles, la somme des masses vaut 1 : 0,081 + 0,497 + 2 × (0,028 + 0,016 + 0,006 + 0,100 + 0,0465 + 0,0145) = 1,000.
Chaque ligne se lit en deux temps.
- La troisième colonne donne la part de la masse du corps que représente le segment : 0,100 pour une cuisse, soit 10 %. Pour une personne de 70 kg, une cuisse représente donc 70 × 0,100 = 7 kg.
- La quatrième colonne situe le centre de masse du segment le long de celui-ci, depuis son extrémité proximale : 0,433 pour la cuisse signifie que son centre de masse se trouve à 43,3 % de sa longueur, en partant du grand trochanter.
Sur une image, cette fraction s'applique séparément à chacune des deux directions, horizontale (x) et verticale (y). On repère les coordonnées de l'extrémité proximale et de l'extrémité distale du segment, puis :
- , : coordonnées du centre de masse du segment (m) ;
- , : coordonnées de l'extrémité proximale (m) ;
- , : coordonnées de l'extrémité distale (m) ;
- : fraction lue dans la quatrième colonne du tableau (sans unité).
Exemple résolu — le centre de masse d'une cuisse (figure 5.4). Sur l'image, le grand trochanter est en P (0,10 m ; 0,90 m) et les condyles fémoraux en D (0,20 m ; 0,48 m) ; pour la cuisse, f = 0,433.
- Horizontalement : l'écart entre les deux repères vaut 0,20 − 0,10 = 0,10 m ; on en prend 43,3 %, soit 0,433 × 0,10 ≈ 0,043 m, que l'on ajoute à la coordonnée du grand trochanter : x = 0,10 + 0,043 ≈ 0,143 m.
- Verticalement : l'écart vaut 0,48 − 0,90 = −0,42 m (le genou est plus bas que la hanche) ; 0,433 × (−0,42) ≈ −0,182 m ; donc y = 0,90 − 0,182 ≈ 0,718 m.
- Le centre de masse de la cuisse est donc en (0,143 m ; 0,718 m), sur le segment, à 43,3 % de sa longueur depuis le grand trochanter.

Le même calcul se répète pour chaque segment, puis le centre de masse du corps entier s'obtient par la moyenne pondérée décrite plus haut. Dans cette moyenne, le tronc, qui représente à lui seul près de la moitié de la masse du corps (0,497), compte ainsi beaucoup plus qu'une main, qui n'en représente que 0,6 % (0,006). Et comme les segments changent de position quand la posture change, le calcul se refait posture par posture : c'est ainsi que l'on suit le déplacement du centre de masse décrit au §5.3.2.
Cette table provient de mesures directes. Les tables classiques, dont celle de Dempster, ont été établies sur des cadavres6 : les corps ont été découpés en segments, chaque segment a été pesé, et la position de son centre de masse a été déterminée, par exemple en cherchant le point où il tient en équilibre sur une planche7. Ces tables ont une limite, qu'il faut connaître : elles reposent sur un petit nombre de corps — huit pour Dempster, tous âgés de plus de 50 ans —, principalement masculins, et on les applique pourtant, faute de mieux, à des personnes de toute morphologie, femmes comprises8. Des techniques plus récentes mesurent ces valeurs sur des personnes vivantes, notamment l'imagerie par résonance magnétique (IRM) : l'appareil produit des images du segment en coupe, à intervalles réguliers, dont on déduit la masse du segment et la position de son centre de masse9.
- S2
- La deuxième vertèbre sacrée. Chez une personne debout, en position relâchée, le centre de masse se situe approximativement en avant de ce repère.
- Méthode segmentaire
- Le calcul du centre de masse du corps entier à partir d'un découpage du corps en segments : c'est la moyenne des positions des centres de masse des segments, pondérée par leurs masses.
- Table anthropométrique
- Le tableau qui donne, pour chaque segment du corps, sa masse en fraction de la masse du corps entier et la position de son centre de masse le long du segment. Les tables classiques ont été établies sur des cadavres.
- Situer le centre de masse d'une personne debout, en position relâchée, et dire pourquoi sa position varie d'une personne à l'autre.
- Décrire comment le centre de masse se déplace quand la position des segments change, et expliquer pourquoi il peut se trouver hors du corps.
- Décrire le principe de la méthode segmentaire, et dire comment les tables anthropométriques classiques ont été construites et quelle est leur limite.
