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5.12 Debout : une correction plus active

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.126 min de lecturemis à jour le 27 septembre 2026
Objectifs de la section

Chez la personne âgée en bonne santé, le centre de pression se déplace plus vite que chez l'adulte jeune, sans occuper une surface beaucoup plus grande : le contrôle postural travaille davantage pour obtenir le même équilibre. Cette section présente ce constat, puis l'explication qu'on en donne : les afférences sensorielles se dégradent avec l'âge. À la fin de cette section, vous devez être capable de décrire ce qui change avec l'âge dans le déplacement du centre de pression d'une personne debout, et d'expliquer en quoi la dégradation des afférences sensorielles retarde la correction posturale.

5.12.1 Ce qu'on observe : un centre de pression plus rapide​

Dans la vidéo, vous aurez sûrement remarqué que les deux tracés occupent une surface comparable, mais que celui de la personne âgée est bien plus dense : dans le même temps, son centre de pression parcourt beaucoup plus de chemin.

Les études qui ont comparé, sur plateforme de force, des personnes âgées en bonne santé et des adultes jeunes font le même constat :

  • la vitesse du centre de pression augmente avec l'âge : chez la personne âgée, le centre de pression se déplace de 30 à 80 % plus vite, selon les études1 ;
  • son amplitude change peu : l'étendue et la surface du tracé augmentent moins que la vitesse, et parfois pas de façon significative2.

La vitesse moyenne du centre de pression est le chemin qu'il parcourt, divisé par la durée de l'enregistrement (chapitre 1) : se déplacer plus vite dans la même surface, c'est faire plus de chemin dans le même temps.

Or le centre de pression est la trace des corrections du contrôle postural (§5.7.3 et §5.8.1). S'il fait plus de chemin, c'est que le corps corrige davantage : pour obtenir le même équilibre, rester debout et immobile, le contrôle postural de la personne âgée est plus actif3.

Le tracé du centre de pression d'un adulte jeune et d'une personne âgée, debout et immobiles, à la même échelle et pendant la même durée : une surface comparable, un tracé plus dense chez la personne âgée. Les valeurs affichées sont celles de ces deux personnes, à titre d'illustration ; les études rapportent, en moyenne, un centre de pression de 30 à 80 % plus rapide chez la personne âgée.
Figure 5.19 — Le tracé du centre de pression d'un adulte jeune et d'une personne âgée, debout et immobiles, à la même échelle et pendant la même durée : une surface comparable, un tracé plus dense chez la personne âgée. Les valeurs affichées sont celles de ces deux personnes, à titre d'illustration ; les études rapportent, en moyenne, un centre de pression de 30 à 80 % plus rapide chez la personne âgée.Source : diaporama CM4, dia 37.

5.12.2 Pourquoi : les afférences sensorielles se dégradent​

Pour corriger une dérive, il faut d'abord la détecter : le contrôle postural part des afférences sensorielles (§5.8.2). Or ces afférences se dégradent avec l'âge, même sans pathologie :

  • la sensibilité du pied et de la cheville diminue : la sensibilité aux vibrations, mesurée à la cheville, serait réduite chez 30 à 50 % des personnes âgées sans maladie neurologique, selon une revue de la littérature4 ;
  • la proprioception de la cheville diminue : la position de l'articulation est perçue moins finement après 65 ans4.

L'enchaînement se déroule alors pas à pas :

  1. la dérive du corps est détectée plus tard ;
  2. la correction part plus tard ;
  3. entre-temps, le corps a dérivé plus loin ;
  4. la correction doit donc être plus grande.

En une phrase : les afférences sensorielles se dégradent avec l'âge, ce qui retarde la correction posturale — et une correction retardée est une correction plus grande.

La boucle du contrôle postural (§5.8.2), avec la sensibilité plantaire et la proprioception de la cheville estompées, et un retard sur la flèche qui mène à la correction.
Figure 5.20 — La boucle du contrôle postural (§5.8.2), avec la sensibilité plantaire et la proprioception de la cheville estompées, et un retard sur la flèche qui mène à la correction.Source : diaporama CM4, dia 38.

Pas de dépendance à une afférence particulière avec l'âge. On a longtemps supposé qu'en vieillissant, l'équilibre devenait dépendant d'une afférence en particulier, la vue par exemple : fermer les yeux devrait alors gêner la personne âgée bien plus que l'adulte jeune. Une méta-analyse de 64 études ne le confirme pas. Fermer les yeux dégrade l'équilibre debout chez les adultes jeunes comme chez les personnes âgées, et pas davantage chez ces dernières ; perturber la proprioception (en se tenant debout sur une mousse) le dégrade aussi6. Ce qui distingue la personne âgée, c'est que son équilibre reste moins bon que celui du jeune, avec ou sans perturbation6. Les auteurs proposent une explication : une difficulté, avec l'âge, à combiner l'ensemble des afférences et à s'adapter quand l'une d'elles manque — c'est la pondération des afférences décrite au §5.8.26.

Une plateforme de force ne prédit pas la chute d'une personne. Une revue systématique a rassemblé les neuf études qui ont mesuré l'équilibre debout de personnes âgées sur plateforme de force, puis suivi leurs chutes pendant les mois suivants : cinq trouvent un lien entre certaines mesures et les chutes, quatre n'en trouvent pas. Les mesures les plus souvent associées aux chutes futures sont celles du déplacement médio-latéral du centre de pression, c'est-à-dire de gauche à droite (sa vitesse, son amplitude). Les auteurs concluent prudemment : certaines mesures « peuvent » avoir une valeur prédictive, mais le petit nombre d'études empêche de conclure7. Autrement dit, un centre de pression plus rapide décrit un groupe, pas le risque de chute d'une personne donnée. Et c'est, déjà, le médio-latéral qui ressort : il est au cœur de la section suivante.

Glossaire de la section1 termes
Vitesse moyenne du centre de pression
Le chemin parcouru par le centre de pression pendant un enregistrement, divisé par la durée de l'enregistrement.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 3
  1. Décrire ce qui change avec l'âge dans le déplacement du centre de pression d'une personne debout et immobile, et ce qui change peu.
  2. Expliquer pourquoi un centre de pression plus rapide traduit un contrôle postural plus actif.
  3. Expliquer, pas à pas, comment la dégradation des afférences sensorielles retarde la correction posturale et l'agrandit.
Vérifiez votre compréhensioncorrigé au clic

La vitesse du centre de pression : chez la personne âgée, il se déplace plus vite, et parcourt donc plus de chemin dans la même surface et le même temps. Le centre de pression étant la trace des corrections du contrôle postural, cela signifie que la personne âgée corrige davantage pour obtenir le même équilibre : son contrôle postural est plus actif.

La sensibilité cutanée plantaire et la proprioception de la cheville.

Parce que, pendant le délai supplémentaire, le corps a continué de dériver : quand la correction part, il est plus loin de sa position de départ, et la correction doit le ramener de plus loin.

Sources​

  1. Prieto T.E., Myklebust J.B., Hoffmann R.G., Lovett E.G., Myklebust B.M. (1996), Measures of postural steadiness: differences between healthy young and elderly adults, IEEE Transactions on Biomedical Engineering 43(9):956-966 (PDF — localisateur en clair) : 20 adultes jeunes (21-35 ans) et 20 personnes âgées en bonne santé (66-70 ans) ; Table I, p. 961 — vitesse moyenne du centre de pression, yeux ouverts, 6,90 mm/s contre 12,2 mm/s (+ 77 %) ; résumé, p. 956 : « Mean velocity of the COP was the only measure that identified age-related changes in both eye conditions ». Méta-analyse : Roman-Liu (2018), p. 74 — verbatim : « For velocity, the age differences in the EO condition range from 30% for velocityAP to 50% for velocityML. In EC conditions it is about 50% for both ». ↩

  2. Prieto et al. (1996), p. 963 — verbatim : « mean distance, rms distance, and other measures of the size of the stabilogram do not change significantly with age, in contrast to the marked age-related changes found in mean velocity ». Sur l'ensemble de la littérature, l'amplitude augmente aussi avec l'âge, mais moins que la vitesse : Roman-Liu (2018), p. 78 — « velocity measures show larger changes due to age than measures of range ». ↩

  3. Prieto et al. (1996), p. 964 — verbatim : « Thus, the level of stability achieved may have been the same but the activity of the postural control system may have increased significantly ». ↩

  4. Horak et al. (1989), p. 732 — verbatims : « Loss of sensitivity in peripheral sensory systems has been reported so frequently in the elderly without diagnosable disease that these losses are widely regarded as a normal consequence of aging. Somatosensory loss reflected in reduced vibration sense at the ankle has been estimated to affect 30-50% of the elderly free of neurologic disease » ; « Others have also shown reduced joint position sense at the ankles in adults over 65 ». ↩ ↩2

  5. Horak et al. (1989), p. 730 — verbatim : « Woollacott et al. (126) have reported slightly increased postural response latencies to unexpected perturbations in 50% of their elderly subjects ». ↩

  6. Aflalo et al. (2026), p. 6 — effet de la fermeture des yeux (taille d'effet g ; plus |g| est grand, plus l'équilibre se dégrade) : mesures de position du centre de pression, jeunes g = −1,07, âgés g = −0,83 ; mesures de vitesse, jeunes g = −1,54, âgés g = −0,84 (aucun test statistique entre les groupes n'est rapporté ; les auteurs évoquent aussi un effet plancher, l'équilibre des âgés étant déjà moins bon sans perturbation, p. 11). P. 8 — verbatim : « we found that both afferences explored in the meta-analyses, visual and proprioceptive, had an impact on younger and older adults. This result mitigates theories on older adults' visual […] or proprioceptive […] dependance with aging, as a cause for instability and falls. […] Hence, a possible cause could be a difficulty to integrate all afferences to adapt to missing informations » ; p. 12 : « the overall body of evidence supports the notion that older adults demonstrate greater postural instability when faced with sensory challenges compared to younger adults ». ↩ ↩2 ↩3

  7. Piirtola M., Era P. (2006), Force platform measurements as predictors of falls among older people – a review, Gerontology 52(1):1-16, résumé, p. 1 (PDF — localisateur en clair) — verbatims : « In five studies fall-related outcomes were associated with some force platform measures and in the remaining four studies associations were not found » ; les indicateurs associés aux chutes futures sont « the mean speed of the mediolateral (ML) movement of the center of pressure (COP) during normal standing with the eyes open and closed, the mean amplitude of the ML movement of the COP with the eyes open and closed, and the root-mean-square value of the ML displacement of COP » ; « certain aspects of force platform data may have predictive value for subsequent falls, especially various indicators of the lateral control of posture. However, the small number of studies available makes it difficult to draw definitive conclusions ». ↩