Aller au contenu principal

5.11 La chute de la personne âgée : l'enjeu

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.115 min de lecturemis à jour le 27 septembre 2026
Objectifs de la section

Les sections précédentes ont montré ce qui détermine la stabilité posturale et comment le contrôle postural la maintient. Cette section définit la chute, en donne l'ampleur chez la personne âgée, et décrit le cercle vicieux dans lequel elle peut l'entraîner. À la fin de cette section, vous devez être capable de définir la chute dans les termes de ce chapitre, de donner les ordres de grandeur qui en font un problème de santé publique, et de décrire le cercle vicieux de la chute.

5.11.1 La chute, une perte de l'équilibre postural​

Les sections 5.3 à 5.10 ont décrit ce qui détermine la stabilité posturale (le centre de masse, sa projection verticale, le polygone de sustentation, la marge) et comment le contrôle postural la maintient :

  • debout, il corrige en permanence les dérives, par la cheville et par la hanche (§5.8) ;
  • face à une perturbation trop importante, il change d'appui, par un pas ou par une main (§5.9) ;
  • en marche, il rattrape à chaque pas un déséquilibre volontaire (§5.10).

Avec l'âge, l'équilibre postural statique et l'équilibre postural dynamique tendent à se dégrader, et le risque de chute augmente. (« Tendent » : ce n'est pas l'âge lui-même qui dégrade l'équilibre, mais la probabilité, plus grande avec l'âge, que s'installent des déficiences ou des pathologies dans les systèmes qui y contribuent1.)

La Haute Autorité de santé définit la chute comme « une perte brutale et totalement accidentelle de l'équilibre postural lors de la marche ou de la réalisation de toute autre activité, faisant tomber la personne sur le sol ou toute autre surface plus basse que celle où elle se trouvait »2. Elle parle de chutes répétées à partir de deux chutes en douze mois2.

Dans les termes de ce chapitre, une chute survient lorsque le corps ne parvient plus à maintenir son centre de masse au-dessus de son polygone de sustentation3 : le contrôle postural n'a réussi ni à ramener la projection verticale du centre de masse dans le polygone (cheville, hanche), ni à déplacer le polygone sous elle (un pas, une main).

5.11.2 Un problème de santé publique​

La chute est, pour l'Organisation mondiale de la santé, un problème de santé publique majeur dans le monde4. Chez les personnes de 65 ans et plus, elle est fréquente :

  • chaque année, environ une personne sur trois chute5 ;
  • en France, en 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute, et 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été dénombrées dans cette tranche d'âge6.

5.11.3 Le cercle vicieux de la chute​

Chez la personne âgée, les conséquences d'une chute dépassent le moment de la chute. Elles se rangent en trois dimensions7 :

  • motrice : des chutes répétées augmentent le risque de fracture (toute chute ne provoque pas une fracture, mais le risque est plus grand), et font perdre peu à peu la capacité à réaliser seul les activités de la vie quotidienne ;
  • psychologique : après une chute, la peur de chuter augmente, et la confiance en soi diminue ;
  • sociale : la personne limite ses activités et ses déplacements, et devient plus dépendante des autres dans sa vie quotidienne8.

Ces trois dimensions se renforcent les unes les autres, et le cercle se referme9 :

  1. la peur de chuter conduit à limiter ses activités ;
  2. moins active, la personne voit ses capacités physiques décliner davantage ;
  3. et son risque de chuter augmente encore.

Motrice, psychologique, sociale : ces trois dimensions composent la qualité de vie liée à la santé, que les chutes, et la peur de chuter, dégradent progressivement9.

Le cercle vicieux de la chute : le risque de chute, plus grand avec l'âge, mène à la chute, dont les conséquences motrices, psychologiques et sociales augmentent à leur tour le risque de chute ; la qualité de vie baisse à chaque étape.
Figure 5.18 — Le cercle vicieux de la chute : le risque de chute, plus grand avec l'âge, mène à la chute, dont les conséquences motrices, psychologiques et sociales augmentent à leur tour le risque de chute ; la qualité de vie baisse à chaque étape.Source : diaporama CM4, dia 36.

Le point d'entrée de ce cercle est le risque de chute, plus grand avec l'âge. Les sections 5.12 à 5.14 l'expliquent, en reprenant dans le même ordre les trois situations décrites plus haut — debout, face à une perturbation, en marche — et, pour chacune, ce qu'on observe chez la personne âgée, puis pourquoi.

Glossaire de la section3 termes
Chute
Une perte brutale et totalement accidentelle de l'équilibre postural, lors de la marche ou de toute autre activité, qui fait tomber la personne sur le sol ou sur une surface plus basse (définition de la Haute Autorité de santé). Dans les termes de ce chapitre : le centre de masse n'a pas pu être maintenu au-dessus du polygone de sustentation.
Chutes répétées
Au moins deux chutes sur une période de douze mois.
Qualité de vie liée à la santé
La qualité de vie d'une personne dans ses dimensions physique, psychologique et sociale, telle que son état de santé l'influence.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 3
  1. Définir la chute, et la traduire en termes de centre de masse et de polygone de sustentation.
  2. Donner les ordres de grandeur qui font de la chute de la personne âgée un problème de santé publique.
  3. Décrire les conséquences motrices, psychologiques et sociales d'une chute, et expliquer comment la peur de chuter referme le cercle vicieux.
Vérifiez votre compréhensioncorrigé au clic

Le contrôle postural n'a pas réussi à maintenir le centre de masse au-dessus du polygone de sustentation : il n'a pu ni ramener la projection verticale du centre de masse dans le polygone (stratégies de cheville et de hanche), ni déplacer le polygone sous elle (un pas, une main).

Non. Toute chute ne provoque pas une fracture ; mais des chutes répétées augmentent le risque de fracture.

La peur de chuter conduit la personne à limiter ses activités ; moins active, elle voit ses capacités physiques décliner davantage, et son risque de chuter augmente encore. C'est ce qui referme le cercle vicieux de la chute.

Sources​

  1. Horak (2006), p. ii8 — verbatim : « The graph in the centre of Figure 1 shows the well-known increased risk of balance disorders and falls as people age. This increase associated with ageing, however, is not due to ageing of 'the balance system' but to an increased likelihood of impairment or pathology in physiological subsystems underlying the complex skill of balancing ». ↩

  2. Haute Autorité de santé (2024), Prescription d'activité physique. Personnes âgées à risque de chute, fiche de synthèse validée par le Collège le 28 mars 2024, p. 2 (PDF — localisateur en clair). https://www.has-sante.fr/plugins/ModuleXitiKLEE/types/FileDocument/doXiti.jsp?id=p_3506172 — verbatims : « La chute est "une perte brutale et totalement accidentelle de l'équilibre postural lors de la marche ou de la réalisation de toute autre activité, faisant tomber la personne sur le sol ou toute autre surface plus basse que celle où elle se trouvait" » ; « Les chutes répétées se définissent par au moins deux chutes sur un intervalle de temps de 12 mois ». ↩ ↩2

  3. Roman-Liu D. (2018), Age-related changes in the range and velocity of postural sway, Archives of Gerontology and Geriatrics 77:68-80, p. 68 (PDF — localisateur en clair) — verbatim : « A fall occurs when individuals are unable to maintain their centre of gravity within the base of support provided by their feet ». ↩

  4. Organisation mondiale de la santé, fiche d'information Falls. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/falls#:~:text=Globally%2C%20falls%20are%20a%20major%20public%20health%20problem — verbatim : « Globally, falls are a major public health problem ». ↩

  5. Roman-Liu (2018), p. 68 — verbatim : « In the general elderly population, approximately one in three elderly people fall each year (WHO, 2008; Moyer, 2012) ». Horak et al. (1989), p. 727, donnent une fourchette plus large, pour les États-Unis : « One-third to one-half of the population aged 65 years and older fall each year ». ↩

  6. Santé publique France, Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France, bulletin national du 12 mars 2026 (données 2015-2024). https://www.santepubliquefrance.fr/traumatismes/chute/bulletin-national/hospitalisations-et-mortalite-en-lien-avec-une-chute-chez-les-personnes-de-65-ans-et-plus-en-france#:~:text=174%20824%20hospitalisations — verbatims : « En 2024, 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été dénombrées chez les personnes âgées ≥65 ans » ; « En 2024, 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute ». ↩

  7. Roman-Liu (2018), p. 75-76 — verbatim : « Frequent falls increase the risk of fractures, loss of ability to perform daily living activities, lead to poorer quality of life […]. After experiencing a fall people increased fear of falling, loss of self-confidence and limitations of taking actions, and they become more dependent on others in their daily lives, which in turn decreases the quality of their life ». (Roman-Liu attribue la première phrase à Horak 2006, où elle ne figure pas : la citation est donc rapportée à Roman-Liu.) ↩

  8. Haute Autorité de santé (2024), p. 1 — verbatim : « La chute peut être à l'origine d'une perte de confiance en soi ou d'une "peur de chuter" qui peut amener le sujet à limiter ses activités physiques du quotidien, ses déplacements et ses relations sociales ». ↩

  9. Scheffer A.C., Schuurmans M.J., van Dijk N., van der Hooft T., de Rooij S.E. (2008), Fear of falling: measurement strategy, prevalence, risk factors and consequences among older persons, Age and Ageing 37(1):19-24, résumé (revue systématique, 28 études). https://academic.oup.com/ageing/article/37/1/19/25345#:~:text=The%20main%20consequences%20were%20identified — verbatim : « The main consequences were identified as a decline in physical and mental performance, an increased risk of falling and progressive loss of health-related quality of life ». Il s'agit d'associations, établies surtout par des études transversales : le cercle vicieux est un modèle explicatif cohérent avec ces données. ↩ ↩2