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5.8 Corriger sans bouger les pieds : cheville, hanche, et les afférences sensorielles

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.85 min de lecturemis à jour le 27 septembre 2026
Objectifs de la section

Pour corriger les petites dérives de l'équilibre debout sans changer d'appuis, le contrôle postural dispose de deux stratégies principales : la stratégie de cheville et la stratégie de hanche. Pour corriger une dérive, il faut d'abord la percevoir : cette section présente aussi les informations sensorielles qui déclenchent ces corrections. À la fin de cette section, vous devez être capable de décrire la stratégie de cheville et la stratégie de hanche, de dire ce qu'elles ont en commun, et de nommer les afférences sensorielles qui renseignent le corps sur sa position.

5.8.1 La stratégie de cheville et la stratégie de hanche​

Deux stratégies principales assurent les corrections permanentes décrites au §5.7 (figure 5.15)1.

  • La stratégie de cheville. Les muscles de la cheville se contractent et font pivoter tout le corps, d'un bloc, autour des chevilles, avec un mouvement minime des hanches et des genoux. Le centre de masse revient au-dessus des pieds.
  • La stratégie de hanche. Le buste se fléchit ou s'étend à la hanche, et c'est ce mouvement qui déplace le centre de masse.

Dans les deux cas, les appuis ne bougent pas : c'est le centre de masse qui est déplacé. Il n'existe pas de hiérarchie entre les deux : selon la situation, le corps utilise l'une, l'autre, ou les deux ensemble, combinées dans des proportions et des enchaînements variables2.

La stratégie de cheville se lit directement sur le tracé du centre de pression. Lorsque les muscles du mollet, qui fléchissent la cheville vers le bas, se contractent davantage, le centre de pression se déplace vers l'avant du pied3 ; c'est ainsi que le pied corrige une dérive du corps vers l'avant. Les oscillations du centre de pression décrites au §5.7.3 sont, pour une large part, la trace de ces corrections.

Une même dérive vers l'avant, corrigée à gauche par la stratégie de cheville (tout le corps pivote autour des chevilles), à droite par la stratégie de hanche (le buste se fléchit ou s'étend à la hanche).
Figure 5.15 — Une même dérive vers l'avant, corrigée à gauche par la stratégie de cheville (tout le corps pivote autour des chevilles), à droite par la stratégie de hanche (le buste se fléchit ou s'étend à la hanche).Source : diaporama CM4, dias 25-26.

5.8.2 Sentir la dérive : les afférences sensorielles​

Le contrôle postural part de ce que le corps perçoit : pour corriger une dérive, il faut d'abord la sentir. Le corps la détecte par plusieurs voies à la fois.

  • La vue (flux optique). Quand le corps s'incline, l'image de ce que l'on regarde se déplace sur la rétine, et c'est ce déplacement qui renseigne sur le mouvement du corps.
  • L'oreille interne, qui détecte l'inclinaison et les accélérations de la tête.
  • La proprioception : la position des articulations et la tension des muscles.
  • La sensibilité cutanée plantaire, qui renseigne sur la façon dont le poids se répartit sur les appuis.

Ces informations, qui remontent des récepteurs sensoriels vers le système nerveux, s'appellent les afférences sensorielles. Elles sont intégrées en permanence5, et la correction suit : cheville, hanche. C'est pour cela que le centre de pression ne s'arrête jamais.

Selon la situation, ce n'est pas toujours la même voie qui compte le plus5 : dans le noir, la vue ne sert plus ; sur un sol mou ou instable, la sensibilité plantaire renseigne moins bien.

Le système nerveux ne se fie pas toujours aux mêmes afférences : il en ajuste la part selon l'environnement. D'après une étude citée par Horak (2006), une personne en bonne santé, debout sur un sol ferme et bien éclairé, s'appuie pour environ 70 % sur les informations somatosensorielles — proprioception et sensibilité plantaire —, pour 10 % sur la vue et pour 20 % sur l'oreille interne ; sur un sol instable, elle réduit la part des informations venues du sol, et augmente celle de la vue et de l'oreille interne6. Ces pourcentages proviennent d'une seule étude : ils donnent un ordre de grandeur, pas une règle. Une méta-analyse récente, portant sur 64 études, confirme que perturber la proprioception — en se tenant debout sur une mousse, par exemple — dégrade davantage l'équilibre debout que fermer les yeux7. Les situations les plus exigeantes pour le contrôle postural sont donc celles qui privent le corps de ses informations habituelles : un sol instable, une lumière faible.

Glossaire de la section4 termes
Stratégie de cheville
Correction de l'équilibre par une rotation de tout le corps, d'un bloc, autour des chevilles, sous l'action des muscles de la cheville ; les appuis ne bougent pas.
Stratégie de hanche
Correction de l'équilibre par une flexion ou une extension du buste à la hanche, qui déplace le centre de masse ; les appuis ne bougent pas.
Afférences sensorielles
Les informations qui remontent des récepteurs sensoriels vers le système nerveux : vue, oreille interne, proprioception, sensibilité cutanée plantaire. Elles permettent de détecter les dérives que le contrôle postural corrige.
Proprioception
La perception de la position des articulations et de la tension des muscles.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 3
  1. Décrire la stratégie de cheville et la stratégie de hanche, et dire ce qu'elles ont en commun.
  2. Expliquer comment la stratégie de cheville se lit sur le tracé du centre de pression.
  3. Nommer les quatre afférences sensorielles qui renseignent le corps sur sa position, et dire ce que chacune détecte.
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Dans les deux cas, les appuis ne bougent pas : c'est le centre de masse que le corps déplace pour ramener sa projection verticale vers le centre du polygone de sustentation — par une rotation de tout le corps autour des chevilles, ou par un mouvement du buste à la hanche.

Elle perd la vue. Il lui reste l'oreille interne, la proprioception et la sensibilité cutanée plantaire, qui continuent de renseigner le système nerveux sur l'inclinaison de la tête, la position des articulations et la répartition du poids sur les pieds.

Sources​

  1. Horak F.B., Shupert C.L., Mirka A. (1989), Components of postural dyscontrol in the elderly: a review, Neurobiology of Aging 10(6):727-738, p. 729 (PDF — localisateur en clair) — verbatims : « This strategy shifts the body's center of gravity by rotating the body about the ankle joints with minimal movement of hip or knee joints » ; « A hip strategy […] repositions the center of gravity by flexing or extending at the hips ». ↩

  2. Horak F.B., Nashner L.M. (1986), Central programming of postural movements: adaptation to altered support-surface configurations, Journal of Neurophysiology 55(6):1369-1381, p. 1369 (PDF — localisateur en clair) — verbatim : « more complex postural movements and associated muscle activation patterns that resembled ankle and hip strategies combined in different temporal relations ». ↩

  3. Winter (1995), p. 194 — verbatim : « The location of the COP under each foot is a direct reflection the neural control of the ankle muscles. Increasing plantarflexor activity moves the COP anteriorly ». ↩

  4. Horak et al. (1989), p. 729 — verbatim : « The hip strategy cannot be used on slippery surfaces, since hip sway transmits horizontal shear forces to the surface ». ↩

  5. McCrum C., Gerards M.H.G., Karamanidis K., Zijlstra W., Meijer K. (2017), A systematic review of gait perturbation paradigms for improving reactive stepping responses and falls risk among healthy older adults, European Review of Aging and Physical Activity 14:3 (accès libre), p. 2 — verbatims : « The first step of such a response is recognising the onset of the perturbation, achieved though integration of visual, somatosensory and vestibular sensory information » ; « The contribution of each sensory system may vary with perturbation type due to differences in the perception of motion ». ↩ ↩2

  6. Horak (2006), p. ii9 — verbatim : « In a well-lit environment with a firm base of support, healthy persons rely on somatosensory (70%), vision (10%) and vestibular (20%) information. However, when they stand on an unstable surface, they increase sensory weighting to vestibular and vision information as they decrease their dependence on surface somatosensory inputs for postural orientation » (chiffres tirés d'une étude citée, Peterka 2002). ↩

  7. Aflalo J. et al. (2026), Impact of sensory afferences in postural control quantified by force platform in healthy older adults: Systematic review and meta-analysis, Experimental Gerontology 213:112976 (accès libre, CC BY), p. 10 — verbatim : « Proprioceptive interference seemed to induce a larger deterioration in balance than visual deprivation, based on respective effect sizes » ; p. 12 : « challenging situations such as unstable ground or diminished luminosity ». ↩