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5.15 Entraîner le rattrapage

BiomécaniqueÉquilibreSection 5.156 min de lecturemis à jour le 28 septembre 2026
Objectifs de la section

L'exercice physique général réduit les chutes des personnes âgées, mais pas assez : une explication est qu'il n'entraîne pas spécifiquement le rattrapage d'un déséquilibre. Cette section présente l'entraînement par perturbation, puis la nécessité de perturber aussi dans la direction médio-latérale. À la fin de cette section, vous devez être capable d'expliquer pourquoi l'exercice général ne suffit pas, de définir l'entraînement par perturbation et ce qu'il apporte, et de dire pourquoi il faut aussi entraîner l'équilibre médio-latéral.

5.15.1 L'exercice général réduit les chutes, mais pas assez​

Les programmes d'exercice physique général (force, équilibre, endurance) réduisent les chutes des personnes âgées. Une revue Cochrane de 2019, qui a rassemblé 108 essais randomisés menés auprès de personnes âgées vivant à domicile, conclut que l'exercice réduit le taux de chutes d'environ un quart : de 23 %, d'après les 59 études qui l'ont mesuré1. (Le taux de chutes est le nombre moyen de chutes par personne et par unité de temps, par exemple par an2.)

C'est un effet réel, et il reste insuffisant. Une explication est proposée3 :

  • les exercices d'équilibre « classiques » consistent surtout à maintenir l'équilibre dans une posture, immobile ou en mouvement ;
  • or une chute survient quand la personne ne parvient pas à répondre à une perturbation (§5.11.1) ;
  • ces programmes n'entraînent donc pas spécifiquement le mécanisme qui échoue lors d'une chute : le rattrapage d'un déséquilibre.

5.15.2 Rattraper un déséquilibre : l'entraînement par perturbation​

Le vieillissement dégrade deux capacités décrites aux sections 5.12 à 5.14 : rattraper un déséquilibre, et contrôler l'équilibre médio-latéral. Chacune s'entraîne spécifiquement.

La première s'entraîne par l'entraînement par perturbation : la personne subit, de façon répétée, des perturbations de son équilibre, et doit produire à chaque fois la réaction qui évite la chute4. Les études l'ont réalisé avec des tapis roulants qui accélèrent brusquement, des plateformes mobiles, des glissades provoquées, ou des poussées et des tractions exercées par l'intervenant4.

Ses effets sont établis à deux niveaux :

  • sur le rattrapage lui-même : dans une revue systématique de neuf études, huit rapportent une amélioration de la réponse de rattrapage aux perturbations5 ;
  • sur les chutes dans la vie courante : une méta-analyse de 25 essais randomisés montre que, dans les essais qui ont suivi les chutes, les personnes entraînées ont environ un quart de risque en moins de chuter (rapport de risque 0,75), et chutent moins souvent que les personnes des groupes témoins6.

Dans les structures collectives où vous serez amenés à travailler, vous ne disposerez pas du matériel d'un laboratoire de recherche : ni plateforme mobile, ni tapis roulant capable d'accélérer brusquement. Les exercices qui travaillent spécifiquement le rattrapage peuvent pourtant être réalisés avec du petit matériel. Deux exemples :

  • marcher en groupe dans un espace restreint et, au signal, se passer un médecine-ball : la réception de la charge déséquilibre, et il faut la rattraper ;
  • en binôme, une bande élastique passée autour de la taille : pendant la marche, le partenaire tire d'un coup bref, vers l'avant, vers l'arrière ou latéralement.

Ces exercices n'ont pas été testés tels quels dans les études : ils appliquent le principe démontré, une perturbation extérieure et imprévue, rattrapée de façon répétée. Pour qu'ils entraînent bien le rattrapage, la perturbation doit rester brève et imprévue, comme dans les études, qui entraînent la réponse à des perturbations soudaines7 : une traction lente ou annoncée s'anticipe, et la personne n'a plus rien à rattraper.

5.15.3 L'équilibre médio-latéral : perturber latéralement, sur un pied​

La seconde capacité est l'équilibre médio-latéral. Dans les études d'entraînement par perturbation, les perturbations sont le plus souvent appliquées vers l'avant ou vers l'arrière. Deux constats plaident pourtant pour perturber aussi latéralement8 :

  • c'est l'équilibre médio-latéral qui se dégrade avec l'âge (§5.13) ;
  • un entraînement qui ne perturbe que vers l'avant et vers l'arrière n'améliore pas forcément le rattrapage d'une perturbation latérale : ce qui est gagné dans une direction ne se reporte pas forcément sur les autres.

C'est sur un seul pied que la marge médio-latérale est la plus petite, et le temps pour corriger le plus court (§5.13.3) : c'est là qu'on entraîne des corrections rapides. Les auteurs qui ont décrit le pas croisé recommandent ainsi des exercices qui sollicitent des contractions rapides des muscles de la hanche en appui, et des pas répétés, provoqués ou volontaires, dans plusieurs directions, avec des transferts de poids rapides d'une jambe sur l'autre9. Par exemple :

  • une bande élastique placée autour des hanches, qu'un camarade tire latéralement d'un coup bref, la personne étant debout sur deux pieds, puis sur un pied ;
  • des passes latérales de médecine-ball ;
  • des transferts de poids rapides d'une jambe sur l'autre.

5.15.4 Un principe de préparation physique : la spécificité​

C'est le principe de spécificité de la préparation physique : on entraîne spécifiquement la tâche qu'on veut améliorer7. C'est aussi ce que ce chapitre a dit du contrôle postural : une compétence, qui se forme en répondant à des perturbations (§5.7.2). La force, l'équilibre et l'endurance gardent chacun leur intérêt ; mais si l'objectif est de réduire le risque de chute, il faut reproduire ce qui provoque la chute, une perturbation qui rompt l'équilibre, et entraîner le rattrapage, dans toutes les directions.

votre place dans la prévention des chutes

Pour les personnes âgées à risque de chute, un programme d'activité physique adaptée est prescrit par le médecin et dispensé par un professionnel de l'activité physique adaptée (enseignant en activité physique adaptée, kinésithérapeute)10. Dans les séances que vous encadrez, le rôle est de faire pratiquer des exercices adaptés au niveau de chacun, en sécurité, et d'observer : une personne qui fait plusieurs petits pas pour se rattraper, qui croise les jambes, qui hésite ou qui refuse un exercice par peur de tomber. Ces observations, transmises à l'équipe qui accompagne la personne, sont précieuses.

Glossaire de la section3 termes
Taux de chutes
Le nombre moyen de chutes par personne et par unité de temps (par exemple, par an).
Entraînement par perturbation
Un entraînement dans lequel la personne subit, de façon répétée, des perturbations de son équilibre, et doit produire à chaque fois la réaction qui évite la chute.
Principe de spécificité
En préparation physique, le principe selon lequel on améliore une tâche en entraînant cette tâche elle-même.
À la fin de cette section, je dois être capable de…0 / 3
  1. Expliquer pourquoi l'exercice physique général, efficace, ne suffit pas à prévenir les chutes.
  2. Définir l'entraînement par perturbation et dire ce qu'il apporte, sur le rattrapage et sur les chutes.
  3. Expliquer pourquoi il faut aussi perturber latéralement, et pourquoi sur un pied.
Vérifiez votre compréhensioncorrigé au clic

L'exercice d'équilibre classique consiste à maintenir l'équilibre dans une posture, immobile ou en mouvement. L'entraînement par perturbation fait subir, de façon répétée, des perturbations imprévues, que la personne doit rattraper : il entraîne spécifiquement le mécanisme qui échoue lors d'une chute.

Parce que la personne peut l'anticiper : elle se prépare avant la perturbation, qui n'a alors plus grand-chose à rattraper. C'est la réaction à une perturbation imprévue qu'il s'agit d'entraîner.

Des perturbations médio-latérales. La stabilité médio-latérale décline avec l'âge, et ce qui est gagné face à des perturbations vers l'avant ou vers l'arrière ne se transfère pas forcément à la direction médio-latérale.


Sources​

  1. Sherrington C., Fairhall N.J., Wallbank G.K., Tiedemann A., Michaleff Z.A., Howard K., Clemson L., Hopewell S., Lamb S.E. (2019), Exercise for preventing falls in older people living in the community, Cochrane Database of Systematic Reviews, CD012424, résumé en langage clair. https://www.cochrane.org/CD012424/INJ_exercise-preventing-falls-older-people-living-community#:~:text=Exercise%20reduces%20the%20rate%20of%20falls%20by%2023%25 — verbatims : « This review includes 108 randomised controlled trials with 23,407 participants » ; « Exercise reduces the rate of falls by 23% (rate ratio (RaR) 0.77, 95% confidence interval (CI) 0.71 to 0.83; 12,981 participants, 59 studies; high-certainty evidence) ». ↩

  2. Haute Autorité de santé (2024), p. 2 — verbatims : « Le taux de chutes est le nombre moyen de chutes par unité de temps et par personne ». ↩

  3. Devasahayam A.J., Farwell K., Lim B., Morton A., Fleming N., Jagroop D., Aryan R., Saumur T.M., Mansfield A. (2023), The effect of reactive balance training on falls in daily life: an updated systematic review and meta-analysis, Physical Therapy 103(1):pzac154 ; verbatims relevés sur la prépublication (medRxiv, 2022 ; PDF — localisateur en clair), Introduction : « Exercise that includes balance training can reduce the rate of falls by about 25% » ; « A fall happens when a person fails to respond to a balance perturbation, therefore, impaired balance reactions may increase the risk for falls » ; « 'Conventional' balance exercises mostly involve maintaining balance during static postures or during movement ». ↩

  4. Devasahayam et al. (2023), Introduction — verbatim : « Reactive balance training (RBT) is a type of balance training where participants repeatedly experience balance perturbations, and execute balance reactions to prevent a fall » ; types de perturbations des essais inclus (tableau 1) : tractions manuelles, plateformes mobiles, glissades, perturbations sur tapis roulant, poussées ou tractions par le thérapeute. ↩ ↩2

  5. McCrum et al. (2017), résumé — verbatim : « Eight of the studies reported improvement in the reactive recovery response to the perturbations » (neuf études incluses). ↩

  6. Devasahayam et al. (2023), résumé — verbatims : « Twenty-five trials were included, of which 14 reported falls and 19 monitored adverse events. Participants assigned to reactive balance training groups were less likely to fall compared to control groups (fall risk ratio: 0.75, 95% confidence interval=[0.60, 0.92]; p=0.006, I²=37%) and reported fewer falls than control groups » ; « Prevalence of adverse events was higher in reactive balance training (29%) compared to control groups (19%; p=0.018) ». Le rapport des taux de chutes (0,60) présente une forte hétérogénéité entre les essais (I² = 83 %) : le texte dit seulement « moins souvent ». ↩

  7. McCrum et al. (2017), résumé — verbatim : « While strength and balance training moderately improve falls risk, training reactive recovery responses following sudden perturbations during walking may be more task-specific for falls prevention ». ↩ ↩2

  8. McCrum et al. (2017), p. 7 — verbatim : « In the studies included in this review, perturbations were mostly applied in anterior or posterior directions. This is noteworthy, as it is well documented that mediolateral stability declines with age […] and is related to falls incidence in older adults […]. Additionally, there is evidence to suggest that adaptations to perturbations in one plane of motion do not necessarily transfer and benefit stability control in other planes of motion ». ↩

  9. Rogers & Mille (2003), p. 186 — verbatims : « exercise programs that emphasize rapid contractions of the hip abductor–adductor musculature in load-bearing situations through isolated joint training as well as during more functionally relevant weight-bearing situations should be applied » ; « It also may be possible to improve lateral stability through the repetitive use of induced stepping and step-practice training protocols […] that emphasize rapid changes in limb loading and unloading during voluntary and reactive stepping involving multiple directions ». ↩

  10. Haute Autorité de santé (2024), p. 8 — verbatim : « Le programme d'APA (niveau 2) est prescrit par le médecin et dispensé par un professionnel de l'APA (enseignant en APA-S ou kinésithérapeute) ». ↩