5.4 La projection verticale et le polygone de sustentation
Pour savoir si l'équilibre peut être maintenu, il faut comparer la position du centre de masse à celle des appuis ; cette section définit les deux outils qui permettent cette comparaison — la projection verticale du centre de masse et le polygone de sustentation — et la condition qui les relie. Elle montre ensuite que cette condition délimite un espace, le cône de stabilité, dont la taille ne dépend pas seulement des pieds. À la fin de cette section, vous devez être capable de définir la ligne de gravité, la projection verticale du centre de masse, le polygone de sustentation et les limites de stabilité, et d'énoncer la condition que la projection doit respecter pour que l'équilibre puisse être maintenu.
5.4.1 La projection verticale du centre de masse
Si vous tracez, à partir du centre de masse, une droite verticale qui descend jusqu'au sol, vous obtenez la ligne de gravité1. Cette droite rencontre le sol en un point : c'est ce point que l'on nomme la projection verticale du centre de masse. Il se déplace avec le centre de masse : dès que la posture change, il change de place (figure 5.6).
La projection verticale sert à comparer la position du centre de masse à celle des appuis. Les appuis sont au sol, alors que le centre de masse se trouve à une certaine hauteur, dans le corps ou hors de lui ; en le ramenant au sol, sa projection le place dans le même plan que les appuis. Pour savoir si l'équilibre peut être maintenu, on regarde donc où tombe la projection verticale du centre de masse par rapport aux appuis.

5.4.2 Le polygone de sustentation, et la condition d'équilibre
Les appuis délimitent au sol une surface : le polygone de sustentation — les textes en anglais disent base of support, « base de support ». C'est la surface délimitée par les points de contact avec le sol : debout, elle comprend les pieds, et tout l'espace entre eux2.
Pour que l'état d'équilibre puisse être maintenu, la projection verticale du centre de masse doit tomber dans le polygone de sustentation3. Lorsqu'elle en sort, un objet inerte tombe ; une personne, elle, doit réagir pour éviter la chute4. Ces réactions sont décrites aux §5.8 et §5.9.
L'expérience du mur se relit alors avec ces deux termes (figure 5.7). Le buste en flexion a avancé le centre de masse ; sa projection verticale est passée devant les pieds, donc hors du polygone de sustentation ; et, les deux stratégies de rattrapage de l'équilibre étant supprimées, l'équilibre ne pouvait pas être maintenu.

5.4.3 Les limites de stabilité : un cône
Sans changer d'appuis, une personne debout peut incliner son corps et déplacer son centre de masse vers l'avant, vers l'arrière ou latéralement, tout en maintenant son équilibre. L'ensemble des positions que le centre de masse peut ainsi occuper s'appelle les limites de stabilité : c'est l'espace dans lequel une personne peut déplacer son centre de masse et maintenir son équilibre sans changer ses appuis. Debout, cet espace a la forme d'un cône, dont la pointe est aux pieds et qui s'évase vers le haut : le cône de stabilité5 (figure 5.8).
L'équilibre n'est donc pas une position particulière, mais un espace. Cet espace est déterminé par la taille du polygone de sustentation — les pieds, debout —, mais aussi par l'amplitude des articulations, par la force musculaire et par les informations sensorielles qui permettent de percevoir ces limites5. La condition posée au §5.4.2 est donc nécessaire, mais elle ne suffit pas : encore faut-il que les articulations, les muscles et les sens permettent au corps de rester dans ces limites.
Le système nerveux dispose d'une représentation interne de ce cône, qu'il utilise pour déterminer comment bouger afin de maintenir l'équilibre5. Chez beaucoup de personnes âgées qui présentent des troubles de l'équilibre, ce cône est souvent très réduit, ou sa représentation par le système nerveux est déformée ; l'un comme l'autre modifie le choix des mouvements utilisés pour maintenir l'équilibre5 (§5.12 à §5.14).
De ces limites, la section suivante isole la part géométrique : dans chaque direction, la distance qui sépare la projection verticale du centre de masse du bord du polygone de sustentation — la marge (§5.5).

- Ligne de gravité
- La droite verticale qui passe par le centre de masse et descend jusqu'au sol.
- Projection verticale du centre de masse
- Le point où la ligne de gravité rencontre le sol. Il se déplace avec le centre de masse.
- Limites de stabilité (cône de stabilité)
- L'espace dans lequel une personne peut déplacer son centre de masse et maintenir son équilibre sans changer ses appuis ; debout, il a la forme d'un cône. Sa taille dépend du polygone de sustentation, de l'amplitude articulaire, de la force musculaire et des informations sensorielles.
- Définir la ligne de gravité et la projection verticale du centre de masse, et dire à quoi sert cette projection.
- Définir le polygone de sustentation, et dire ce qu'il comprend chez une personne debout.
- Énoncer la condition qui relie la projection verticale du centre de masse et le polygone de sustentation, et l'appliquer à l'expérience du mur.
- Définir les limites de stabilité, et citer ce qui détermine la taille du cône de stabilité.