5.16 Synthèse : de l'équilibre à la chute
Cette dernière section rassemble le chemin parcouru dans le chapitre, depuis les conditions de l'équilibre d'un corps immobile jusqu'à l'entraînement du rattrapage chez la personne âgée. Elle annonce aussi ce que le chapitre suivant ajoute : la description du cycle de marche et de ses paramètres. À la fin de cette section, vous devez être capable de dérouler cette chaîne de bout en bout et de situer chaque notion du chapitre à sa place.
5.16.1 Le chemin parcouru
Premièrement, l'équilibre d'un corps demande deux conditions réunies en même temps : la résultante des forces qui s'exercent sur lui est nulle, et le moment résultant de ces forces est nul (§5.2.2). La stabilité posturale est le processus qui permet au corps de conserver cet état face à une perturbation, interne ou externe (§5.2.3).
Deuxièmement, tout se joue au centre de masse, le point où tout se passe comme si le poids du corps entier s'appliquait. Il se situe, debout, en avant de la deuxième vertèbre sacrée ; il se déplace avec la posture, et peut sortir du corps ; la méthode segmentaire permet de le situer (§5.3).
Troisièmement, la condition de l'équilibre debout est géométrique : la projection verticale du centre de masse doit tomber dans le polygone de sustentation, la surface délimitée par les points de contact avec le sol (§5.4). La marge, distance entre cette projection et le bord le plus proche du polygone, mesure la réserve d'équilibre ; elle dépend des dimensions du polygone, et la hauteur du centre de masse fixe l'inclinaison qu'il faut pour la consommer (§5.5). Une masse plus grande rend l'équilibre plus difficile à rompre, mais aussi plus difficile à rattraper (§5.6).
Quatrièmement, le corps debout n'est jamais immobile : le contrôle postural corrige en permanence les dérives, et le centre de pression en est la trace (§5.7). Il dispose de deux familles de stratégies (§5.9.2) :
- à appui fixe : la stratégie de cheville et la stratégie de hanche déplacent le centre de masse, les appuis restant en place (§5.8) ;
- à changement d'appui : le pas, ou une main qui saisit un appui, déplace le polygone sous la projection du centre de masse (§5.9).
Pour corriger, il faut d'abord détecter : les afférences sensorielles (vue, oreille interne, proprioception, sensibilité cutanée plantaire) renseignent le corps sur ses dérives (§5.8.2).
Cinquièmement, marcher, c'est tomber en avant et se rattraper à chaque pas : la projection du centre de masse sort du polygone, et le pied qui avance recrée un polygone qui la contient. C'est l'équilibre postural dynamique (§5.10).
Sixièmement, avec l'âge, l'équilibre tend à se dégrader, et le risque de chute augmente (§5.11) :
- debout, le contrôle postural travaille davantage pour obtenir le même équilibre, parce que les afférences sensorielles se dégradent et que la correction part plus tard (§5.12) ;
- face à une perturbation, le rattrapage se dégrade, surtout dans la direction médio-latérale : sur un seul pied, la marge médio-latérale est petite, et elle laisse peu de temps pour corriger (§5.13) ;
- en marche, la personne âgée qui a déjà chuté garde son centre de masse plus près de son appui : une part subie, une poussée plus faible ; une part choisie, une prudence (§5.14).
Septièmement, le rattrapage s'entraîne : l'exercice général réduit les chutes, mais l'entraînement par perturbation entraîne spécifiquement le mécanisme qui échoue lors d'une chute, et il doit perturber aussi latéralement (§5.15).
Le tableau ci-dessous rassemble, pour révision, les notions du chapitre.
Tableau 5.4 — Les notions du chapitre 5.
| Notion | En bref | Section |
|---|---|---|
| Posture | L'organisation des segments du corps les uns par rapport aux autres, et par rapport à l'environnement et à la verticale | 5.2 |
| Équilibre (deux conditions) | Résultante des forces nulle et moment résultant nul, en même temps | 5.2 |
| Stabilité posturale | Le processus qui permet de résister à une perturbation et de revenir à son état initial | 5.2 |
| Centre de masse | Le point où tout se passe comme si le poids du corps entier s'appliquait | 5.3 |
| Méthode segmentaire | Le calcul du centre de masse du corps à partir de la masse et de la position du centre de masse de chaque segment | 5.3 |
| Projection verticale du centre de masse | Le point du sol situé à la verticale du centre de masse | 5.4 |
| Polygone de sustentation | La surface délimitée par les points de contact avec le sol | 5.4 |
| Limites de stabilité, cône de stabilité | La zone dans laquelle le centre de masse peut se déplacer sans changer d'appuis | 5.4 |
| Marge | La distance entre la projection du centre de masse et le bord le plus proche du polygone | 5.5 |
| Contrôle postural | La tâche de contrôler la position du corps dans l'espace, pour la stabilité et l'orientation ; une compétence qui s'apprend | 5.7 |
| Centre de pression | Le point d'application de la résultante des forces de réaction du sol ; la trace des corrections | 5.7 |
| Stratégies de cheville et de hanche | Des stratégies à appui fixe, qui déplacent le centre de masse | 5.8 |
| Afférences sensorielles | Les informations qui remontent des récepteurs sensoriels vers le système nerveux | 5.8 |
| Stratégie du pas | Une stratégie à changement d'appui, qui déplace le polygone sous la projection du centre de masse | 5.9 |
| Équilibre postural dynamique | Maintenir ou rétablir l'équilibre au cours d'un mouvement, ou après une perturbation | 5.10 |
| Chute | Une perte brutale et accidentelle de l'équilibre postural, qui fait tomber la personne au sol | 5.11 |
| Antéro-postérieur, médio-latéral | D'avant en arrière ; de gauche à droite | 5.13 |
| Pas croisé | Un pas de rattrapage fait avec la jambe déchargée, qui croise la jambe d'appui | 5.13 |
| Entraînement par perturbation | Subir de façon répétée des perturbations, et produire à chaque fois la réaction qui évite la chute | 5.15 |
5.16.2 Ce que le chapitre suivant ajoute
Ce chapitre a regardé la marche sous l'angle de l'équilibre : où se trouve le centre de masse par rapport aux appuis, et comment chaque pas rattrape le déséquilibre engagé par le précédent. Il l'a fait sans décrire la marche elle-même : ses phases, et les grandeurs qui permettent de la mesurer.
C'est l'objet du chapitre suivant. Il revient à la cinématique du chapitre 1 pour décrire le cycle de marche — ses phases, dont le simple appui et le double appui rencontrés dans ce chapitre — et ses paramètres spatio-temporels, comme la longueur du pas, la cadence et la vitesse. Il montre ensuite comment ces paramètres se dégradent avec l'âge : le pas plus court et la marche plus lente, évoqués ici (§5.14), y deviennent des grandeurs que l'on mesure et que l'on compare.